Azuretti, ce joyau balnéaire du littoral ivoirien, traverse une zone de fortes turbulences. Entre droit d’occupation et légitimité ancestrale, le projet d’imposer un chef issu de la communauté Alladjan ébranle les fondements coutumiers d’un village historiquement bâti par les Nzima.
Enquête sur un conflit où les règles de l’hospitalité africaine sont mises à rude épreuve.
Une terre façonnée par l’histoire Nzima
Pour comprendre la crise qui couve à Azuretti, il faut impérativement restituer l’histoire. Et rendre aux premiers occupants ce qui leur appartient.
Le consensus historique est clair : Azuretti a été fondé et structuré par le peuple Nzima (ou Appolonien). C’est sous l’autorité et la vision de bâtisseur de Nanan Bognan que ce lopin de terre, stratégiquement niché entre la lagune et l’océan, est devenu un village officiel.
Pendant des décennies, les Nzima ont géré cet espace selon leurs us et coutumes. Avec des valeurs de fraternité et de partage propres au littoral ivoirien. C’est cette hospitalité qui les a poussés à ouvrir leurs terres à d’autres communautés.
L’engrenage : Des plantations de Philippe Yacé au boom de l’immobilier
L’origine de la discorde actuelle remonte à l’époque où Philippe Grégoire Yacé. Il était alors une figure politique majeure de la Côte d’Ivoire post-indépendance. Et possédait d’importantes cocoteraies dans la région de Grand-Bassam. Pour exploiter ces terres, de la main-d’œuvre extérieure, notamment issue de la communauté Alladjan, s’est installée pacifiquement sur une portion du territoire d’Azuretti sous forme de campement.
Tant que la zone est restée purement agricole, la cohabitation s’est déroulée sans heurts. Cependant, la donne a radicalement changé ces dernières années :
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- Une urbanisation galopante : Le campement d’origine s’est transformé sous la pression immobilière.
- L’explosion de la valeur des terres : L’avènement des complexes hôteliers a fait grimper les prix au mètre carré.
- Des constructions anarchiques : Le flou entourant l’occupation des sols a favorisé une spéculation sauvage.
Aujourd’hui, les descendants de cette communauté accueillie revendiquent la pleine propriété de la zone qu’ils occupent, tentant de transformer un droit d’usage temporaire en un titre de propriété définitif.
L’affaire Gbamelin : Une entorse inédite au droit coutumier
Le conflit a pris une tournure politique et identitaire majeure avec la volonté d’imposer un nommé Gbamelin, issu de la communauté Alladjan, comme chef d’Azuretti. Pour les notables et les natifs Nzima, cette démarche est perçue comme un véritable affront. Comme une situation qualifiée de « jamais vue » dans les traditions locales.
En Afrique de l’Ouest, et particulièrement dans les traditions lagunaires, le droit de la terre reste inaliénable. Le fait d’être accueilli sur une terre ne confère aucun droit d’en revendiquer la souvernance politique ou la chefferie. L’hospitalité des Nzima se retourne aujourd’hui contre eux. Les reléguant presque au rang d’observateurs sur leur propre sol ancestral.
Pour légitimer cette démarche, le camp dissident tente de s’appuyer sur des alliances extérieures. Notamment auprès de la royauté de Moossou, qui a opportunément réclamé des droits sur cette zone de litige foncier. Une ingérence extérieure qui ne fait qu’envenimer les tensions intercommunautaires.
Un équilibre fragile à préserver pour l’avenir d’Azuretti
Bien que l’analyse objective des faits penche indéniablement en faveur de la légitimité historique des Nzima, la résolution de cette crise nécessite de la mesure. Azuretti ne peut pas se permettre de sombrer dans un conflit communautaire violent, qui ferait fuir les touristes et gèlerait les investissements hôteliers.
La justice et l’administration ivoirienne, avec les récents scandales de démolitions massives dans la région (comme l’affaire de la Cité Italia à Modeste), doivent trancher avec fermeté.
Pour garantir une paix durable, la solution devra impérativement passer par la reconnaissance stricte de la chefferie traditionnelle Nzima. Tout en définissant un cadre de cohabitation respectueux et clarifié pour les communautés qui ont choisi d’y vivre. L’hospitalité ne doit plus être le piège des autochtones. Mais le ciment d’un développement partagé.
FATEM CAMARA
POUVOIRS MAGAZINE

