La Côte d’Ivoire a organisé, le 25 octobre 2025, sa septième élection présidentielle depuis la réinstauration du multipartisme en 1990.
Ce scrutin n’échappe pas aux mêmes critiques acerbes. D’un côté, des opposants qui, partis en ordre dispersé, se tirent dessus à boulets rouges. De l’autre, un pouvoir victorieux mais pas de la victoire d’un juste. Surtout qu’à vaincre sans périls, on triomphe sans gloire.
Sur 60 candidats à la candidature, on ne retient que cinq. Alassane Ouattara, le président sortant grandissime favori. Et quatre outsiders (Mmes Simone Ehivet-Gbagbo et Henriette Lagou Adjoua, Jean-Louis Eugène Billon et Ahoua Don Mello Sénin Jacob).
Deux concurrents majeurs, susceptibles de bousculer l’ordre établi, ne passent pas. Laurent Gbagbo, président du PPA-CI et ancien président de la république, et Cheick Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA.
Ces deux formations politiques ont constitué le Front commun qui est vent debout. Il accuse le scrutin de « braquage électoral » et de « coup d’État civil » du régime Ouattara. Pour « confisquer le pouvoir par la force et la violence. »
Et le pays ne cesse, dans sa fiction démocratique, de revivre les mêmes scènes.
Pour la présidentielle du 22 octobre 2000 sous la transition militaire, cinq candidats sur 19 candidatures. Deux poids lourds de l’opposition éliminés. Henri Konan Bédié, président de la république renversé le 24 décembre 1999 et président du PDCI-RDA. Et Alassane Dramane Ouattara, ancien premier ministre et président du RDR.
Laurent Gbagbo, président du FPI, l’emporte, dans des « conditions calamiteuses », face au général Guéi Robert, chef de la junte militaire.
En raison du taux de participation (37,42%), le plus faible depuis 1990, on présentera Gbagbo comme « un président illégitime ». « On dit qu’on a mal élu Gbagbo. Gbagbo n’est pas mal élu. On l’a élu, point, » répondait sèchement le nouveau chef de l’État.
Mais autant il n’aura pas la paix, continuant d’être harcelé jusqu’à son éviction le 11 avril 2011 par les armes. Autant le Front commun n’entend point jeter le manche après la cognée.
Il maintient son « mot d’ordre de manifestation quotidienne jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel » dans un pays politiquement en lambeaux.
A son accession au pouvoir, Alassane Ouattara a planifié sa politique du rattrapage, clone de l’ivoirité.
Au seul profit des ressortissants du nord du pays, qu’il conduit méthodiquement par le maquillage du tokénisme ou diversité de façade.
Cette catégorisation assumée des Ivoiriens sur le modèle de la Charte du nord a amplifié, par l’endoctrinement et le lavage du cerveau, la réification des militants des principaux partis politiques. Ils sont désormais classés entre moutons de Panurge et chiens de garde pour préparer des massacres.
En effet, chauffés à blanc de part et d’autre dans la hantise de la perte du pouvoir ou de sa reconquête, les partisans des leaders politiques sont dressés. Les uns contre les autres et se regardent en chiens de faïence.
Dans la logique de la tribu assiégée, les militants en décousent à la moindre étincelle pour offrir des spectacles horribles. Et désolants dans des affrontements meurtriers et des villages brûlés. Et « la Côte d’Ivoire de la vraie fraternité » est en train de partir en fumée. Sous nos yeux impuissants.
F. M. Bally
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

