Steven Amoikon ce soir à la fondation Donwahi associe guitare et percus

1 heure

Ce vendredi 30 octobre, à partir de 20 h 30, le guitariste et compositeur ivoirien Steven Amoikon présentera Ancestral Surrealism à la Fondation Donwahi, à Abidjan.

Gratuit et ouvert au public, ce concert propose une exploration musicale. Les rythmes traditionnels ivoiriens y rencontrent les harmonies du jazz, du blues, du funk et des musiques contemporaines. Une invitation à écouter autrement les héritages africains. Ils ne sont plus comme des vestiges du passé, mais comme des sources vivantes de création.

Quand les mémoires africaines rencontrent les langages du jazz

Chez Steven Amoikon, la tradition n’est pas un territoire figé. Elle est une matière vivante. Capable de se transformer au contact d’autres univers sonores. Avec Ancestral Surrealism, le musicien développe une démarche qui fait dialoguer les mémoires ancestrales africaines avec les possibilités des musiques contemporaines. Possibilités harmoniques, mélodiques et rythmiques.

L’ambition de ce pensionnaire et diplômé de Berklee College of Music à Boston en 2023 est de brouiller les frontières. Entre passé et présent, entre héritage et invention. Les rythmes traditionnels, les polyrythmies et la mémoire collective deviennent ainsi les points de départ d’une recherche musicale ouverte. Ouverte au jazz, au blues, au funk et aux musiques actuelles.

Cette approche traduit une conception singulière du temps musical. Les héritages ne sont pas convoqués pour reproduire à l’identique des formes anciennes, mais pour nourrir de nouvelles expressions. Le passé, le présent et les imaginaires à venir peuvent alors coexister dans une même composition.

Une écriture entre rigueur du jazz et puissance des percussions

Le parcours artistique de Steven Amoikon témoigne d’un intérêt marqué pour l’orchestration et la construction de paysages sonores. Son écriture conjugue la rigueur du jazz, les grands espaces mélodiques, les harmonies à l’instar de Pat Matheney ou Hendrix et l’énergie des rythmes ivoiriens.

Dans ses précédentes expériences musicales, notamment au sein de son ancien groupe Merikia band, il aimait superposer les sons. Couches de claviers, les voix sans paroles utilisées comme des instruments et de nombreuses percussions. De ces associations naissaient de véritables voyages cinématographiques, où chaque élément contribuait à dessiner une atmosphère, un mouvement et une profondeur.

La percussion occupe une place centrale dans cette recherche. Les rythmes abodan, notamment perceptibles dans l’introduction de son single L’Ombre blanche, ainsi que les rythmes tématé, nourrissent son imaginaire musical. Pour ce nouveau projet, le musicien entend également explorer d’autres ressources traditionnelles, dont le Goli baoulé, dans une démarche où les identités rythmiques ivoiriennes peuvent entrer en résonance avec les libertés du jazz.

L’enjeu ne consiste donc pas simplement à juxtaposer des instruments ou des styles. Il s’agit de construire un ensemble cohérent. De penser les arrangements dans leurs moindres détails et de laisser les percussions dialoguer avec la guitare, la basse, la batterie et le piano de Jean Ebo.

Une démarche qui évoque les grands explorateurs du jazz

Cette recherche peut faire penser à certaines démarches de musiciens comme Pat Metheny, notamment dans leur manière d’élargir l’espace sonore du jazz. Et de concevoir la musique comme un territoire d’exploration. Mais Steven Amoikon entend inscrire cette ouverture dans une matière culturelle proprement ivoirienne, où les rythmes et les mémoires du terroir deviennent des moteurs de création.

L’appropriation du répertoire jazz par les musiciens africains offre, à cet égard, des pistes intéressantes. Le célèbre Take Five, composé par Paul Desmond et popularisé par le Dave Brubeck Quartet, a notamment été réinterprété par des musiciens ivoiriens comme Pat Sax et Isaac Kemo. Steven propose une approche qui témoigne de sa capacité à faire sien un langage musical venu d’ailleurs.

Cette liberté d’interprétation éclaire l’esprit d’Ancestral Surrealism : il ne s’agit ni d’imiter le jazz occidental ni de réduire les traditions ivoiriennes à un simple accompagnement rythmique, mais de créer un espace de rencontre où chaque héritage conserve sa force tout en participant à une œuvre nouvelle.

Un concert pensé comme une expérience collective

Pour cette présentation à la Fondation Donwahi, Steven Amoikon sera à la guitare et aux percussions. Il sera entouré de musiciens aguerris : Jean Ebo compositeur de « Babi Blues » au piano, le percutant Eliezer Adje à la basse et Joël Azia à la batterie. Ainsi que d’une troupe de percussionnistes réunis autour du projet.

Cette formation doit permettre de donner toute son ampleur à une musique qui repose sur l’interaction, les superpositions rythmiques et le travail d’orchestration. La guitare pourra y occuper une place mélodique et harmonique, tandis que la basse et la batterie structureront les mouvements de l’ensemble. Les percussionnistes, eux, apporteront la diversité des pulsations traditionnelles et la force collective qui constitue l’un des fondements du projet.

Une manière, pour Steven Amoikon, dont le nouvel album sera disponible pour 2027, d’affirmer que l’héritage n’est pas seulement ce que l’on reçoit : c’est aussi ce que l’on transforme.

Informations pratiques

  • Artiste : Steven Amoikon
  • Projet : Ancestral Surrealism
  • Date : vendredi 30 octobre 2026
  • Heure : 20 h 30
  • Lieu : Fondation Donwahi, Abidjan
  • Entrée : gratuite

AK

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

LAURENT DIGBEU, LE « BÉTÉ-ITALIEN » FAIT CHANTER LA GUITARE À ROME

De la Côte d’Ivoire à Rome, un guitariste, enseignant et compositeur qui

TRIBUNE : pour une culture accessible à tous, pas seulement aux plus riches

La volonté de professionnaliser le secteur du spectacle est légitime. Mais l’instauration