À l’heure où les frontières occupent les débats, Bonifacio fait exactement l’inverse. Pendant trois jours, la citadelle corse deviendra un point de rencontre où les cultures ne se juxtaposent pas.
Elles dialoguent, s’écoutent et composent une même partition.
On croit connaître Bonifacio. Ses falaises sculptées par les vents, son incroyable citadelle suspendue au-dessus de la mer, son patrimoine chargé d’histoire. Pourtant, début octobre, un autre récit s’écrit. Derrière les pierres, ce sont désormais les voix du monde qui résonnent.
Le Festival des musiques du monde ne cherche pas à collectionner les nationalités sur une affiche. Il préfère raconter ce qui relie les peuples. Chaque concert devient une traversée où les traditions circulent librement, comme les vents qui balayent les falaises.
Naïssam Jalal ouvrira cette aventure avec une musique qui refuse les frontières esthétiques. Ray Lema et Laurent de Wilde feront dialoguer l’Afrique, l’Europe et le jazz dans une conversation musicale d’une rare élégance. Puis Siân Pottok rappellera, par son parcours métissé, que les identités les plus riches sont souvent celles qui voyagent.
Cette idée du voyage irrigue également les soirées de la Loggia de l’Arsenal. Original Kam’s y fera entendre un reggae puissant, nourri par l’expérience de musiciens ayant accompagné quelques-unes des plus grandes figures africaines. Un choix qui ne doit rien au hasard.
La directrice artistique, Marie-Hélène Costa, connaît intimement la Côte d’Ivoire.
Elle y a travaillé de nombreuses années et y a tissé des liens humains et culturels durables. La présence d’Original Kam’s prend ainsi une dimension particulière. Elle raconte une histoire de fidélité, de rencontres et d’échanges bien avant d’être une simple programmation musicale.
Cette passerelle entre Bonifacio et Abidjan illustre l’esprit même du festival : créer des correspondances inattendues entre des territoires que tout semble éloigner, mais que la musique rapproche naturellement.
Le festival ne s’arrête pourtant pas aux concerts. Deux poètes, le deuxième est Jean-Joseph Franchi. Le premier est Alain Dimeglio poète, écrivain et grand défenseur de la langue bonifacienne. Et également élu à la mairie de Bonifacio, où il est en charge de la culture. Aux côtés de Marie-Hélène, il porte un projet ambitieux consacré à la valorisation du patrimoine culturel et de la langue bonifacienne. Les deux poètes feront dialoguer leurs langues respectives, accompagnés par les improvisations du saxophoniste ivoirien Isaac Kemo. Les mots deviendront musique, tandis que la musique donnera une respiration nouvelle aux mots.
Laurent de Wilde entraînera ensuite le public dans l’univers fascinant des Fous du son, ces inventeurs visionnaires qui ont révolutionné notre manière d’écouter, de créer et d’imaginer la musique moderne.
Lorsque la dernière note s’élèvera au-dessus des remparts, chacun repartira sans doute avec davantage qu’un souvenir de concert. Ce festival n’offre pas seulement des spectacles. Il rappelle qu’au-delà des langues, des océans et des histoires, il existe encore un langage capable de réunir les peuples : celui des émotions partagées.
ALEX KIPRE
POUVOIRS MAGAZINE

