DORRIS H. KASCO : « LES SECRETS DE L’ACADÉMIE, UNE ÉPOPÉE POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES »

1 heure

Des gamins formés pieds nus aux sommets du football mondial, l’Académie Mimosifcom de l’ASEC Mimosas a écrit l’une des plus belles pages du football africain.

Dans Les Secrets de l’Académie, le journaliste, enseignant, éditeur et écrivain ivoirien Michel Alex Kipré raconte cette aventure exceptionnelle, faite de discipline, de sacrifices, de réussites et de profondes mutations humaines.

Aujourd’hui, le cinéaste Dorris Haron Kasco nourrit l’ambition de porter cette œuvre à l’écran. Un projet qui prend une dimension particulière en raison des liens d’amitié et de fraternité qui l’unissent à l’auteur.

Pourquoi avoir choisi d’adapter Les Secrets de l’Académie au cinéma ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette œuvre de Michel Alex Kipré ?

Dorris Haron Kasco : Ce qui m’intéresse dans cette œuvre, c’est qu’elle raconte bien plus qu’une aventure sportive. Elle met en lumière la naissance d’une génération exceptionnelle, façonnée par une méthode de formation exigeante, une discipline rigoureuse et une véritable ambition éducative.

Derrière les parcours de Kolo Touré, Aruna Dindane, Didier Zokora, Baky Koné ou encore d’autres figures issues de Mimosifcom, il y a des histoires humaines extraordinaires. Ces jeunes sont partis de conditions modestes pour atteindre les sommets du football international.

Mais il y a aussi une dimension personnelle dans ce projet. Michel Alex Kipré et moi entretenons depuis longtemps des liens d’amitié qui vont bien au-delà d’une simple relation professionnelle. C’est une véritable fraternité, nourrie par des échanges, des expériences et une estime réciproque. Nous avons déjà eu l’occasion de travailler ensemble, notamment autour de mon exposition « Dilogie », présentée à l’Institut français, dont il a assuré le commissariat. Ainsi que sur l’exposition Bazouam à la Galerie sur Route.

Cette connaissance mutuelle et cette confiance constituent une valeur ajoutée importante. Je me sens privilégié de pouvoir envisager cette aventure avec un auteur dont je connais la sensibilité, la rigueur et l’engagement. Cette proximité renforce aussi, à mes yeux, notre responsabilité de réussir ce travail ensemble.

Des entraînements pieds nus aux grandes compétitions internationales, cette histoire possède déjà une forte dimension spectaculaire. Quel regard de cinéaste souhaitez-vous lui donner ?

Dorris Haron Kasco : Le défi consiste justement à ne pas réduire cette histoire au spectacle du football. Les matchs, les exploits et les trophées sont importants. Mais le cœur du récit se trouve aussi dans la formation des jeunes, les sacrifices consentis, les relations entre les encadreurs et les joueurs. Ainsi que les rêves qui se construisent au fil des années.

La Supercoupe d’Afrique remportée par l’ASEC Mimosas en 1999 constitue notamment un épisode marquant de cette épopée. Voir de très jeunes joueurs s’imposer face à une équipe expérimentée comme l’Espérance de Tunis symbolise la force d’une méthode et d’une vision.

Le livre aborde également les bouleversements provoqués par l’argent et les tensions qui ont accompagné cette réussite. Il y a donc une véritable dramaturgie humaine à explorer.

Le cinéma doit nous permettre de faire ressentir cette aventure de l’intérieur, de montrer les doutes, les efforts et les émotions, afin que le spectateur comprenne ce qui se joue derrière chaque exploit. Je souhaite que le film puisse toucher aussi bien les passionnés de football que ceux qui s’intéressent aux histoires humaines. A l’éducation et à la réussite collective.

Un tel projet exige des compétences solides et complémentaires. Comment comptez-vous réunir les talents nécessaires pour transformer cette œuvre littéraire en un film de qualité ?

Dorris Haron Kasco : Je suis convaincu qu’un projet de cette envergure exige des compétences solides et complémentaires. C’est dans cet esprit que j’avais pris contact avec Fargass Assandé et Marc Gautron. Deux professionnels dont les expériences respectives dans le théâtre, le cinéma et l’écriture scénaristique peuvent être précieuses pour cette adaptation.

Fargass Assandé possède une expérience artistique qui peut enrichir le travail sur les personnages, les dialogues et la dimension dramatique du récit. Marc Gautron, de son côté, dispose d’une expérience de l’écriture scénaristique et de l’accompagnement de projets audiovisuels. Leurs parcours constituent des références intéressantes dans la recherche des compétences nécessaires à cette adaptation.

Mon ambition est de réunir des talents capables d’apporter des regards différents, de nourrir la réflexion et de contribuer à la construction d’un scénario à la hauteur de l’histoire racontée par Michel Alex Kipré.

Nous sommes actuellement dans une phase de structuration du projet. Il s’agit de mettre progressivement bout à bout les compétences, de définir les contributions nécessaires et de créer les conditions pour que cette aventure littéraire puisse véritablement prendre vie à l’écran. Un film est une œuvre collective. Sa réussite dépend autant de la vision artistique que de la qualité des collaborations qui la rendent possible.

Le livre aborde aussi les tensions provoquées par l’argent et les intérêts liés aux transferts des joueurs. Allez-vous montrer cet envers du décor, au risque de bousculer certaines légendes du football ivoirien ?

Dorris Haron Kasco : Une histoire aussi riche ne peut pas se limiter aux victoires et aux célébrations. La réussite de Mimosifcom pose aussi des questions sur les relations humaines, la gestion du succès et les conséquences de l’arrivée de l’argent dans une aventure initialement portée par une ambition sportive et éducative.

Ce sont des sujets sensibles, mais ils font partie de la profondeur du récit. Il faudra les traiter avec rigueur, discernement et sensibilité, sans rechercher la polémique pour elle-même. Notre objectif n’est pas de juger les uns ou les autres, mais de restituer les enjeux humains de cette aventure et de comprendre comment les ambitions, les intérêts et les circonstances peuvent transformer les relations entre les hommes.

C’est aussi ce qui peut donner au film une portée universelle. Derrière les champions et les grandes réussites, il y a des choix, des sacrifices, des conflits et des destins qui méritent d’être racontés.

La proximité avec l’auteur constitue-t-elle un atout particulier pour la réussite de cette adaptation ?

Dorris Haron Kasco : Absolument. Michel Alex et moi avons en commun cette sensibilité à la transmission. Nous sommes tous les deux artistes, tous les deux enseignants. Et nous savons que notre responsabilité ne se limite pas à exercer un métier ou à produire une œuvre. Il y a aussi cette préoccupation de laisser quelque chose d’utile aux générations qui viennent.

Notre amitié, qui s’apparente à une véritable fraternité, facilite le dialogue, la compréhension mutuelle et le partage des idées. Nous avons déjà expérimenté cette complémentarité dans le cadre de collaborations artistiques. Je pense notamment à « Dilogie », mon exposition à l’Institut français, dont Michel Alex a été le commissaire. Ainsi qu’à notre travail autour de l’exposition Bazouam à la Galerie sur Route. Nous avons aussi un travail en instance de restitution sur la route en Côte d’Ivoire.

Ces expériences ont nourri une confiance réciproque et une connaissance de nos sensibilités respectives. Pour moi, c’est une valeur ajoutée considérable dans un projet aussi exigeant.

Mais cette proximité ne dispense pas de rigueur professionnelle. Au contraire, elle renforce notre devoir de réussir. Nous avons conscience de la portée de cette histoire et de ce qu’elle représente pour la mémoire sportive et culturelle ivoirienne. Notre ambition est de produire une œuvre qui ne se contente pas de raconter le passé. Mais qui puisse aussi inspirer l’avenir.

Sur le plan concret, le projet est en cours de structuration. Il reste des étapes importantes à franchir, notamment sur l’écriture, les collaborations, les partenariats et les moyens de production. Nous voulons avancer avec méthode et réunir les conditions nécessaires pour donner à cette ambition toutes ses chances d’aboutir.

Propos recueillis par

FATEM CAMARA

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

8 août: Demain, ce sera son tour… Dorris Haron Kasco prépare quelque chose de…

Ce 7 août, la Côte d’Ivoire célèbre son indépendance. Demain, 8 août,

1er Festival de Graffiti d’Abidjan: l’ombre de Bouna nous éclaire

Qui est Bouna  à qui est dédié le festival de Graffiti d’Abidjan