Avec Manuscrit de footeux. Mes vertes vérités, Éric Oulla ne raconte pas seulement le football ivoirien. Il en ausculte les blessures, les contradictions et les promesses.
Présenté par l’écrivain et critique littéraire Abd Al’Art lors d’une dédicace-débat organisée le 11 juillet dernier, l’ouvrage apparaît comme un appel à la lucidité dans un univers souvent dominé par la passion et l’émotion.
Il y a les paroles qui disparaissent avec l’actualité et celles qui cherchent à traverser les époques.
Pour Abd Al’Art, c’est toute la différence entre une réaction immédiate et une véritable œuvre de réflexion.
En présentant Manuscrit de footeux. Mes vertes vérités, le critique littéraire a voulu rappeler une évidence : écrire un livre dans une époque dominée par la rapidité constitue déjà un acte de courage.
Alors que les débats sportifs se construisent désormais autour des réseaux sociaux, des commentaires instantanés et des indignations successives, Éric Oulla a choisi une autre voie.
Celle de l’analyse.
Celle de la durée.
Celle d’un texte capable de dépasser le bruit du moment pour interroger les racines profondes des problèmes.
Selon Abd Al’Art, l’auteur n’a pas attendu les difficultés ou les critiques publiques pour prendre la parole.
Il avait choisi d’alerter avant que les événements ne donnent davantage d’écho à ses interrogations.
Un livre écrit avant la tempête
Cette dimension donne au livre une force particulière.
Car Mes vertes vérités n’est pas un commentaire écrit après une déception sportive.
Il est une réflexion préparée dans le temps, avec le recul nécessaire pour analyser les mécanismes du football ivoirien.
Journaliste passionné par le ballon rond, Éric Oulla adopte ici une posture différente.
Il ne se limite pas au rôle d’observateur.
Il devient un témoin engagé qui questionne le fonctionnement d’un système.
Son objectif n’est pas de distribuer des condamnations.
Il cherche plutôt à comprendre pourquoi un pays doté d’autant de talents rencontre encore autant de difficultés pour construire un modèle durable.
Le vert comme symbole et comme avertissement
Pour Abd Al’Art, tout le sens du livre se trouve dans son titre.
Mes vertes vérités n’est pas un choix anodin.
Le vert représente la jeunesse, l’espérance, la naissance d’une promesse.
Mais il symbolise également ce qui n’est pas encore arrivé à maturité.
Un fruit vert peut devenir meilleur avec le temps.
Mais il peut aussi être perdu lorsqu’il est mal accompagné.
Cette métaphore traverse tout l’ouvrage.
Elle concerne les joueurs, les centres de formation, les dirigeants et même l’organisation générale du football ivoirien.
Éric Oulla pose ainsi une question essentielle : comment permettre aux talents africains de grandir avant d’être exposés aux exigences du haut niveau ?
Formation, gouvernance et responsabilité
Dans son analyse, l’auteur consacre une place importante à la formation des jeunes joueurs.
Il estime que le football ivoirien possède une richesse exceptionnelle, mais qu’il doit davantage protéger ses futurs talents.
La question des centres de formation devient alors centrale.
Pour Éric Oulla, le développement du joueur ne peut pas être réduit à une simple logique de transfert.
Avant de devenir une valeur marchande, le jeune footballeur doit être considéré comme un individu en construction.
L’auteur interroge également la gouvernance du football national.
Il examine les responsabilités des différents acteurs et appelle à davantage de transparence, de vision et d’exigence.
Didier Drogba, symbole d’un débat national
Parmi les sujets abordés dans l’ouvrage figure également la trajectoire de Didier Drogba.
À travers l’ancien capitaine des Éléphants, Éric Oulla analyse les difficultés rencontrées par certaines figures notamment le candidat Cissé Souleymane porteuses de changement.
L’auteur pose alors une question plus large : un système est-il toujours capable d’accueillir ceux qui veulent le transformer ?
Cette réflexion dépasse largement le cas d’un homme.
Elle concerne la capacité du football ivoirien à renouveler ses pratiques et ses dirigeants.
Un livre qui dépasse le football
La grande force de Manuscrit de footeux. Mes vertes vérités est peut-être de dépasser son propre sujet.
Car derrière le football apparaissent des questions profondément sociales.
La formation de la jeunesse.
La valorisation des compétences africaines.
La responsabilité des élites.
La nécessité de construire plutôt que de simplement exploiter.
C’est pourquoi Abd Al’Art considère cet ouvrage comme davantage qu’un livre sportif.
Il y voit une réflexion sur la manière dont une société accompagne ses propres enfants.
Une secousse nécessaire
En conclusion de son intervention, Abd Al’Art a salué le travail d’Éric Oulla ainsi que l’engagement des éditions Kaïlcedra dirigées par Alex Kipré.
Pour lui, ce livre n’a pas vocation à donner un verdict définitif.
Il cherche plutôt à provoquer une secousse intellectuelle.
À pousser chacun à regarder autrement le football ivoirien.
Avec Manuscrit de footeux. Mes vertes vérités, Éric Oulla tend finalement un miroir au football national.
Un miroir parfois inconfortable, mais nécessaire.
Car entre mûrir et disparaître, entre construire et gaspiller, chaque génération porte la responsabilité de son choix.
Et le football ivoirien doit désormais décider ce qu’il veut faire de ses propres promesses.
FATEM CAMARA
photos: POUVOIRS MAGAZINE
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