Comment l’alliance entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a implosé en moins de deux ans
Portés au pouvoir par une promesse de rupture et une mobilisation populaire sans précédent, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient l’espoir d’un nouveau départ pour le Sénégal. Mais derrière l’image d’un tandem soudé, les divergences politiques, les rivalités de pouvoir et la gestion de la crise économique ont progressivement fissuré leur alliance. Jusqu’à la rupture spectaculaire du 22 mai 2026. Lorsque le président a mis fin aux fonctions de son Premier ministre. Ouvrant une période d’incertitude politique majeure.
De la prison au Palais : l’ascension éclair de Bassirou Diomaye Faye
En mars 2024, Bassirou Diomaye Faye entre dans l’histoire du Sénégal. Fonctionnaire des impôts encore peu connu du grand public quelques mois auparavant, il devient président grâce à un pari politique audacieux : le plan B de Ousmane Sonko.
Empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison de ses démêlés judiciaires, Sonko désigne son bras droit comme candidat de substitution et lance le slogan devenu célèbre : « Diomaye mooy Sonko », afin de fusionner leurs images politiques.
Arrêté pendant plusieurs mois pour « appel à l’insurrection », puis libéré seulement dix jours avant le scrutin, Diomaye Faye bénéficie d’une immense vague populaire portée par le rejet du pouvoir sortant. Son discours centré sur la souveraineté économique, la lutte contre la corruption et la rupture avec l’ancien système séduit une grande partie de la jeunesse sénégalaise.
Le 24 mars 2024, il remporte l’élection présidentielle dès le premier tour avec 54,28 % des voix. Fidèle à sa promesse politique, il nomme Ousmane Sonko Premier ministre dès son investiture en avril 2024. Le tandem Pastef apparaît alors comme le symbole d’une alternance historique.
La lune de miel tourne au duel
Les premières tensions apparaissent dès la fin de l’année 2024. La question de la « dette cachée » héritée du régime de Macky Sall empoisonne progressivement les relations entre les deux hommes.
En février 2025, la Cour des comptes sénégalaise révèle un endettement sous-estimé d’environ 7 milliards de dollars entre 2019 et 2024. Dans la foulée, le FMI suspend certains décaissements et l’agence Standard & Poor’s dégrade la note souveraine du Sénégal en juillet 2025.
Sur cette crise économique, les divergences deviennent visibles. Ousmane Sonko conserve une posture offensive, multipliant les déclarations contre l’ancienne majorité et certains partenaires étrangers. À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye adopte un ton plus mesuré, cherchant à rassurer les investisseurs et à renouer le dialogue avec les institutions financières internationales.
Le président veut stabiliser ; le Premier ministre veut accélérer la rupture.
Les frictions portent également sur l’équilibre des pouvoirs. Sonko conserve une forte influence sur la base militante de Pastef ainsi que sur une partie de l’Assemblée nationale. Diomaye Faye, de son côté, tente progressivement d’affirmer l’autorité présidentielle.
Très vite, des indiscrétions évoquent des Conseils des ministres tendus, des arbitrages contestés et une méfiance croissante entre les deux anciens alliés.
Le point de rupture du 22 mai 2026
La crise éclate publiquement le vendredi 22 mai 2026.
Quelques heures après une séance de questions d’actualité au gouvernement durant laquelle Ousmane Sonko adopte un ton particulièrement virulent devant les députés, le président signe le décret n° 2026-1128.
Par ce texte, Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions du Premier ministre et dissout l’ensemble du gouvernement.
Le communiqué officiel précise que les ministres sortants sont chargés d’expédier les affaires courantes dans l’attente de la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale. L’annonce, diffusée à la télévision nationale, marque une rupture institutionnelle spectaculaire.
L’ingratitude au cœur du débat
À Dakar, le mot « ingratitude » s’impose immédiatement dans le débat public.
Pour les partisans de Ousmane Sonko, sans la stratégie « Diomaye mooy Sonko », l’actuel président n’aurait jamais accédé au Palais présidentiel. Ils dénoncent une trahison politique : celle d’un disciple qui écarte son mentor une fois le pouvoir conquis.
Du côté de la présidence, le discours est tout autre. L’entourage du chef de l’État évoque la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle et de mettre fin à une cohabitation devenue ingérable.
En réalité, cette crise rappelle une constante de l’histoire politique : les alliances forgées dans l’opposition résistent rarement à l’exercice du pouvoir.
À ce stade, aucun nouveau Premier ministre n’a encore été nommé. Cette rupture ouvre une période d’incertitude majeure pour Pastef, désormais menacé. Des divisions internes entre fidèles de Sonko et soutiens du président.
En moins de deux ans, le duo qui incarnait l’espoir du renouveau sénégalais a fini par imploser. Sous le poids des ambitions concurrentes et des réalités du pouvoir.
CoolBee Ouattara
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

