𝗨𝗡 𝗔𝗖𝗛𝗔𝗥𝗡𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗗𝗘 𝗧𝗥𝗢𝗣 𝗖𝗢𝗡𝗧𝗥𝗘 𝗚𝗕𝗔𝗚𝗕𝗢 !

1 mois

Il y a des plumes qui éclairent. Et d’autres qui détournent. Sous la signature de Joseph TITI, alias Séverine Blé, le journal Aujourd’hui nous livre un texte qui se veut une analyse politique.

Mais qui ressemble davantage à un exercice de fixation obsessionnelle sur Laurent Gbagbo. Une cible facile, pratique, presque rituelle. Comme si, en Côte d’Ivoire, penser politique revenait nécessairement à convoquer son nom. Même quand les véritables urgences crient ailleurs.
Car enfin, de quoi parle-t-on vraiment ?
Pendant que certains s’emploient à disséquer l’âge, les intentions ou les ambitions supposées d’un homme, le monde, lui, est secoué par des scandales d’une ampleur autrement plus vertigineuse.
L’affaire Jeffrey Epstein, par exemple, continue de révéler les dessous nauséabonds de réseaux de pouvoir internationaux. Silence radio dans nos colonnes locales. Trop loin ? Dérangeant ? Ou simplement moins rentable éditorialement que le recyclage d’un procès politique ivoirien sans fin ?
Et chez nous ?
La filière cacao — poumon économique de la Côte d’Ivoire — suffoque. Les producteurs peinent à écouler leurs récoltes, les prix fluctuent dangereusement, et les revenus des planteurs s’érodent. Voilà un sujet, une crise.

Voilà une urgence nationale.

À cela s’ajoutent des dysfonctionnements institutionnels pour le moins préoccupants : des ministres récemment nommés qui ne disposent toujours pas de lettres de mission, des Conseils des ministres qui ne se tiennent plus avec la régularité hebdomadaire d’antan, et des entreprises publiques stratégiques — à l’image du Port Autonome d’Abidjan — qui fonctionnent sans nouveaux Directeurs généraux officiellement désignés. Plus troublant encore, certains anciens dirigeants promus au gouvernement continuent, de fait, à faire tourner ces structures. Une situation pour le moins anormale dans un État qui se veut organisé et rigoureux, voilà autant de sujets sérieux, concrets et actuels qui devraient mobiliser l’attention d’une presse soucieuse d’informer avec responsabilité.
Mais non !
Priorité est donnée à la chronique d’un congrès de parti, transformée en réquisitoire personnel. Joseph TITI préfère manifestement la diversion, en tentant d’apporter des réponses à des questions qui ne le concernent pas et qui relèvent exclusivement de la vie interne du PPA-CI. Mais au fond, une question simple mérite d’être posée : en quoi le plébiscite de Laurent Gbagbo serait-il « de trop » ? Si l’on veut réellement parler d’excès dans la vie politique ivoirienne, le débat devrait plutôt porter sur le quatrième mandat de Alassane Ouattara. Pourquoi ce silence sur un sujet pourtant central ?

Pourquoi cette prudence sélective ?

Ce choix éditorial interroge. Il donne le sentiment d’un journal qui ménage le pouvoir RHDP tout en s’acharnant sur ses adversaires. En particulier Laurent Gbagbo et son parti. Une telle posture fragilise inévitablement la crédibilité de l’analyse, dès lors qu’elle repose sur une lecture univoque. Et manifestement orientée de la réalité politique. À croire que certains éditorialistes ont fait de Laurent Gbagbo non pas un acteur politique parmi d’autres. Mais le centre gravitationnel de toutes leurs angoisses rédactionnelles.
Soyons sérieux !
Qu’un parti politique prépare son congrès, qu’il reconduise ou non son leader. Et qu’il organise ses bases — cela relève de sa souveraineté interne. On peut critiquer, analyser, débattre. Mais encore faut-il le faire avec rigueur, honnêteté intellectuelle et sens des priorités. Or ici, l’attaque est grossière, répétitive, presque mécanique.

Elle ne cherche pas à comprendre ; elle cherche à discréditer.

Et pendant ce temps, les vraies questions restent en jachère. Mais non ! Il faut parler de Gbagbo. Toujours. Encore. Cette obsession en dit long. Elle trahit moins l’importance de l’homme que le manque d’inspiration de ceux qui prétendent le combattre par la plume. À défaut d’élever le débat, certains préfèrent le rabaisser. Au lieu d’informer, ils ressassent.
Et à défaut de traiter les vrais sujets, ils fabriquent des polémiques. La Côte d’Ivoire mérite mieux que des éditoriaux de diversion. Elle mérite une presse qui questionne le réel. Pas une presse qui s’acharne sur des figures politiques pour éviter d’affronter les défis du présent. Car au fond, la vraie question n’est pas : pourquoi Gbagbo encore ? Mais plutôt : pourquoi si peu du reste ?
GILLES CHRIST DJÉDJÉ
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

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