À quelques semaines des élections législatives du 27 décembre, le Parti des peuples africains–Côte d’Ivoire (PPA-CI) choisit la prudence.
L’ex-président Laurent Gbagbo invoque un climat politique “délétère” et l’absence de conditions électorales crédibles, tandis que la marche prévue le 8 novembre est reportée en hommage aux militants tombés à Yamoussoukro.
Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) ne participera pas aux élections législatives prévues le 27 décembre prochain.
L’annonce officielle est tombée jeudi soir, à l’issue d’une réunion du comité de direction présidée par Laurent Gbagbo lui-même.
Dans un communiqué solennel, le parti justifie ce retrait par “l’absence de conditions pour des élections libres et transparentes”.
L’ancien chef de l’État estime que “l’environnement sociopolitique délétère ne favorise pas un scrutin serein et crédible pour la nation”.
Il appelle les autorités à “repousser la date des élections” afin de permettre un climat d’apaisement et de dialogue politique réel.
Cette décision survient dans un contexte tendu marqué par l’inculpation de Damana Pickass pour des faits qualifiés “d’actes terroristes”.
Le PPA-CI, traversé par des secousses internes, tente de préserver son image d’organisation pacifique et attachée à la légalité républicaine.
Par ailleurs, la marche de protestation prévue initialement le 8 novembre à Abidjan a été reportée à une date ultérieure.
Le parti explique ce report par la tenue, le même jour, des obsèques de militants tués à Yamoussoukro en 2020.
Laurent Gbagbo souhaite que les militants “se recueillent d’abord, avant de reprendre le combat démocratique avec dignité et discipline”.
Un message empreint de gravité, mais aussi d’unité, adressé à une base militante souvent impatiente face aux lenteurs politiques.
Quelques heures avant ce communiqué, le préfet d’Abidjan avait rappelé l’interdiction des manifestations publiques pour des raisons de sécurité.
Le décret interministériel du 17 octobre, toujours en vigueur, proscrit tout rassemblement politique pour une durée de deux mois.
Ce rappel a sans doute pesé dans la décision du parti de surseoir à sa marche de protestation initialement programmée.
Le PPA-CI se dit néanmoins “mobilisé, discipliné et solidaire”, dans l’attente de conditions favorables à une expression politique apaisée.
Ce double geste — retrait électoral et report de marche — symbolise la posture prudente mais stratégique de Laurent Gbagbo.
L’ancien président joue la carte du temps et de la mémoire, conscient des tensions latentes dans la société ivoirienne.
Trente-cinq ans après sa première entrée au gouvernement, son influence politique demeure intacte malgré les turbulences du moment.
Dans cette atmosphère de méfiance et de recomposition, la scène politique ivoirienne s’avance vers décembre avec des équilibres fragiles.
Le PPA-CI, en choisissant le retrait, semble préférer la mémoire des disparus à l’illusion d’un scrutin sans consensus.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
