Crise à la Fif: Malick Tohé se nourrit de l’infantilisation des présidents de clubs.

2 mois

Dans le football ivoirien, certains dirigeants continuent d’ouvrir la porte à la manipulation. Tandis que le premier vice-président de la FIF use du mépris comme stratégie, ces mêmes présidents se laissent infantiliser, incapables de faire respecter leur valeur et leur rôle. Une crise de gouvernance où l’influence personnelle prime sur l’intérêt collectif.

Il y a dans la trajectoire de Malick Tohé quelque chose de profondément dérangeant. Non pas seulement parce que l’homme critique aujourd’hui ceux avec qui il gouverne.

Mais parce qu’il semble avoir fait de la trahison un mode de fonctionnement permanent. Chez lui, la rupture n’est pas un accident : c’est une méthode.

L’histoire récente du football ivoirien le montre avec une clarté presque brutale.

Hier encore, Malick Tohé se réclamait de la proximité fraternelle avec Sidy Diallo, l’ancien patron du football ivoirien. Il le présentait comme un « grand frère ». Pourtant, cela ne l’a pas empêché de contribuer à fragiliser son pouvoir. Malick est fier du GX, mouvement qui s’est dressé contre celui qu’il disait respecter. Première trahison.

Puis, dans un retournement spectaculaire, il s’est lui-même vanté d’avoir contribué à installer Idriss Diallo à la tête de la Fédération. Selon son propre récit, la proximité supposée de certains acteurs du football avec Guillaume Soro les aurait rendus suspects aux yeux du pouvoir politique de Ouattara. Il fallait donc une solution « acceptable ». Cette solution, selon lui, s’appelait Idriss Diallo qui était lui apolitique et surtout l’obligé d’Hamed Bakayoko.

Résultat : Idriss Diallo devient président, et Malick Tohé se retrouve premier vice-président. Une ascension partagée. Des voyages communs. Des décisions communes. Des honneurs communs, notamment après la victoire de la Côte d’Ivoire à la Coupe d’Afrique des Nations 2023.

Mais contre toute attente voilà qu’aujourd’hui, celui qui était et qui reste  encore au cœur du système se transforme en procureur.

Chaque président de club qu’il rencontre entend la même musique : Idriss Diallo serait incompétent, le système fonctionnerait mal, il faudrait le remplacer. Le problème n’est pas la critique — la critique est légitime dans toute gouvernance — mais l’indécence de la posture. Car Malick Tohé parle comme s’il était un simple observateur extérieur, comme s’il n’était pas lui-même premier vice-président de cette même fédération.

Il était de la délégation ivoirienne lors de la compétition au Maroc où la sélection a échoué en quart de finale. Il faisait partie du dispositif dirigeant. Pourtant, il semble être le seul responsable à n’assumer aucune part de cet échec.

Malick accuse, mais ne démissionne pas.


Il critique, mais reste au sommet.
Il réclame les honneurs sans accepter le poids des responsabilités.

Mais la vérité est peut-être encore plus dérangeante.

Si Malick Tohé agit ainsi, c’est parce qu’il sait à qui il parle.

Il connaît parfaitement les frustrations qui traversent le milieu des présidents de clubs. Il sait que derrière les sourires institutionnels, beaucoup vivent mal la manière dont ils sont traités. Beaucoup ont le sentiment d’être marginalisés, ignorés, parfois même méprisés.

Et Malick Joue là-dessus. Un exemple: mercredi 15 octobre 2025 à Cocody il a convié sa ‘’famille’’ footballistique à un repas fraternel dans un restaurant de la commune. Ce moment de convivialité s’inscrivait dans la continuité de l’inauguration de la mosquée Hadja Salamata Mariam, tenue le 03 octobre 2025 à Korhogo, en hommage à sa défunte mère.

Le mécanisme est simple et bien connu en politique (son épouse est ministres). Transformer un événement privé – ici l’hommage à sa mère – en rendez-vous stratégique avec les décideurs du football. En mettant en avant l’affection, la loyauté et la reconnaissance, il crée une relation morale avec les présidents de clubs et les dirigeants présents. Ceux-ci ne sont plus seulement des acteurs institutionnels ; ils deviennent symboliquement des proches, presque des obligés.

La rhétorique utilisée n’est pas anodine. Lorsqu’il affirme : « Si vous êtes venus, c’est que vous avez un peu d’affection et d’estime pour ma personne », il déplace subtilement la relation du terrain institutionnel vers le terrain affectif. Autrement dit, la présence des dirigeants n’est plus seulement protocolaire : elle devient une preuve d’attachement personnel.

C’est une manière habile de personnaliser les loyautés.

La même logique apparaît lorsqu’il insiste sur les 560 kilomètres parcourus jusqu’à Korhogo pour l’inauguration de la mosquée. En rappelant cet effort, il transforme la participation des dirigeants en acte d’engagement vis-à-vis de lui. Cela crée une dette symbolique réciproque : ils ont soutenu son projet, il les remercie publiquement, et ce lien devient politiquement exploitable.

Enfin, la phrase : « ce petit groupe que nous formons… nous invite à continuer de nous revoir » révèle la finalité réelle de ce type de rencontres. Il ne s’agit pas seulement de célébrer un moment familial. Mais de structurer un cercle d’influence dans lequel les acteurs du football se retrouvent régulièrement, en dehors des cadres formels de la Fédération.

Dans ce type de configuration, la convivialité devient un outil.

Parmi eux se trouvaient pourtant des figures respectées du football ivoirien. Des hommes de valeur, des professionnels accomplis dans leurs domaines respectifs. Des dirigeants qui n’étaient ni ignorants, ni incapables.

Alors pourquoi ces hommes — et ceux qui leur ont succédé — acceptent ils si facilement d’être traités comme des figurants dans leur propre football ?

La réponse est brutale : ces Présidents de club laissent faire.

C’est cette faiblesse collective que Malick Tohé a parfaitement anticipée. Il sait que dans ce milieu, certaines choses se disent à voix basse. Il sait que beaucoup pensent certaines critiques sans jamais oser les porter publiquement. Lui, il transforme ces murmures en stratégie politique. Il capte les frustrations, les amplifie, les instrumentalise.

Mais cette situation révèle surtout une vérité inconfortable : les présidents de clubs offrent eux-mêmes le bâton pour se faire battre.

La phrase attribuée à Didier Drogba résonne alors comme un avertissement :
« On m’a présenté les présidents de clubs comme des menteurs, comme des voleurs. Alors qu’en réalité, ils ne sont pas respectés à leur juste valeur. »

Et pour cause.

Lorsque le président fédéral affirme sans gêne : « J’ai été élu pour gagner la CAN et qualifier la Côte d’Ivoire pour le Mondial. J’ai gagné la CAN 2023, je suis qualifié pour le Mondial. Donc je n’ai pas failli à ma mission ».

 Idriss Diallo envoie un message clair : les présidents de clubs ne compteraient finalement pas dans l’équation.

Comment un président élu par eux peut-il expliquer que sa mission ne comporte aucune obligation envers eux ?

La réponse tient en une seule phrase : parce qu’ils le permettent.

Personne ne méprise durablement ceux qui savent se faire respecter. Mais dans le football ivoirien, trop souvent, ceux qui détiennent le véritable pouvoir — les présidents de clubs — se comportent comme s’ils n’en avaient aucun.

Dans ce vide d’autorité, des hommes comme Malick Tohé prospèrent.
Ils parlent au nom des frustrations.
Ils attisent les divisions.
Et pendant ce temps, ceux qui devraient tenir la barre regardent le navire tanguer.

Le jour où les présidents de clubs comprendront qu’ils sont la véritable source du pouvoir dans le football ivoirien, beaucoup de carrières politiques s’arrêteront brutalement.

En attendant, certains continueront à jouer un rôle bien particulier. Celui de stratèges de la division, prospérant dans un système où l’on préfère murmurer les vérités plutôt que les affronter.

DESIRE THEA

photo:dr

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