Le 19 mai 2026, 300 délégués des fonctionnaires et agents de l’État de Côte d’Ivoire se réuniront en assemblée générale.
L’objectif est d’élire le très convoité conseil d’administration de la Mutuelle Générale des Fonctionnaires et Agents de l’État de Côte d’Ivoire (MUGEFCI).
300 délégués dont la désignation agite déjà les faîtières des fonctionnaires. Un collège électoral d’un peu moins de 300 000 fonctionnaires en activité et à la retraite ira aux urnes. Ce sera le 18 avril prochain. Le but est de désigner ces grands électeurs issus de leur rang.
Il s’agit donc pour les centrales et les différentes faîtières syndicales de se tailler la plus grande part de ces grands électeurs. Et, à ce procédé, trois organisations syndicales se livrent une farouche bataille de communication. Le but est d’infléchir le vote en faveur de leurs délégués.
Des militants de l’Intersyndicale du ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (IS-MENA) veulent porter Bli Blé David à la tête. Il faut, selon eux, qu’il gère la mutuelle. Et pour ces militants, la légitimité de leur champion repose sur son engagement actif en faveur d’une « prime d’incitation pour les enseignants ». À la tête de cette faîtière, il a mené une grève de deux semaines en avril 2025.
Même si, aux yeux de nombreux militants de base, cette velléité de candidature frise la manipulation.
« Où en sommes-nous avec la question de la prime d’incitation? Laquelle a valu des sanctions aux enseignants pour qu’on en soit à parler de la MUGEFCI ? J’ai parfois l’impression que face à la redoutable machine de répression du pouvoir, nos leaders syndicaux préfèrent manipuler la masse enseignante. C’est une sorte de fuite en avant. Ils se réfugient dans le confort douillet de cette mutuelle qui brasse des milliards. Je ne serai pas dupe, cette fois ». Fulmine un responsable du Syndicat Autonome du Préscolaire et du Primaire de Côte d’Ivoire (SAEPPCI). Il est de la région du Loh-Djiboua.
Dans un communiqué daté du 7 mars 2026, une douzaine de syndicats membres de l’IS-MENA s’est d’ailleurs désolidarisée de l’initiative de Bli Blé. Pas suffisant pour altérer la détermination de ce dernier. À deux ans de la retraite, il n’entend pas laisser passer cette chance de reconversion dorée.
Dans le microcosme syndical de la fonction publique et des agents de l’État, Dr Assetou Laurence Camara fait de grands signes.
Elle est perçue comme le plus redoutable challenger de Gnogbo Paul.
Cela, dans la course à la présidence du conseil d’administration de la plus grande mutuelle de fonctionnaires de Côte d’Ivoire. Médecin de formation et titulaire d’un DESS en économie de la santé, elle connaît parfaitement la maison. Pour avoir été PCA adjoint aux côtés de Mesmin Comoé entre 2018 et 2022. À la tête du Groupe Solidarité Égalité (G.S.E.), un mouvement fédérateur des têtes fortes du syndicalisme ivoirien, son profil plaît.
De plus en plus de sociétaires de la mutuelle voient en cette dame sans histoire le profil neutre susceptible de faire l’affaire de tout le monde. Et pour K.S., enseignant à la retraite. « Si on veut éviter que la MUGEFCI soit prise en otage par un corps de métier, il faut choisir les délégués présentés par le groupe qu’incarne cette dame ».
Un courant de sympathie plutôt encourageant pour son équipe.
Mais dans une élection où la légitimité se mesure à l’activisme, ce n’est pas donné pour cette fine militante de l’UGTCI.
Et pour aller avec assurance à l’assaut de Gnogbo Paul, l’actuel PCA de la MUGEFCI, il faut beaucoup plus que de la sympathie. Porté par la faîtière Solidarité Santé qui a triomphé aux dernières élections, il entend rempiler. La surbrillance de ses spots en dit long sur les moyens colossaux déployés pour ces élections. Redoutable leader syndical à la tête du Mouvement des Instituteurs pour la Défense de leurs Droits (MIDD) il y a quelques années, il est aujourd’hui en froid avec la base.
Le syndrome de la corruption du pouvoir est certainement passé par là.
On lui reproche d’avoir pris ses distances avec la lutte pour l’octroi d’une prime d’incitation aux enseignants, menée en avril 2025. Son refus d’engager le MIDD dans cette lutte a conduit à une scission de ce syndicat.
« Il faut le dire tout net, Gnogbo n’est plus des nôtres. La MUGEFCI l’a enrichi et il méprise aujourd’hui toutes nos luttes. Il se trouve que c’est nous qui votons, malheureusement pour lui ». S’indigne un membre du Mouvement des Enseignants pour la Dynamique de la Dignité (MEDD). Il est en fonction à Soubré.
Un mouvement né de la fracture du MIDD de Gnogbo Paul.
Entre la puissance financière de Solidarité Santé de Gnogbo Paul et le tact du Groupe Solidarité Égalité du Dr A. L. Kamara, c’est lancé. La chasse aux voix s’annonce palpitante. Et l’opportuniste Bli Blé de l’IS-MENA pourrait en déterminer l’issue, d’une façon ou d’une autre.
Erick Fofana
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

