Le jeudi 5 mars 2026, l’hôtel Capitol de la Riviera à Abidjan a servi de cadre à une table ronde stratégique consacrée au thème : « Les collèges de proximité en Côte d’Ivoire à la lumière de la politique de décentralisation et du transfert des compétences de l’État aux collectivités territoriales ».
Cette rencontre organisée par l’Ascad, a réuni décideurs publics, experts du secteur éducatif, universitaires et acteurs du développement autour d’une réflexion approfondie sur les mécanismes permettant d’améliorer l’accès et la qualité de l’éducation dans les territoires.
Parmi les interventions figurait celle de Mme Marie Viviane Ado Gossan-Coulibaly, conseillère du Président de la République de Côte d’Ivoire. Et également directrice générale du Millennium Challenge Account Côte d’Ivoire (MCA-Côte d’Ivoire). C’est davantage en cette deuxième qualité qu’elle intervenait.
Ingénieure statisticienne économiste, diplômée de l’École Nationale de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan (ENSEA) et titulaire d’un Master II en Analyse économique et développement international, spécialité Financement et développement du secteur privé, obtenu au Centre d’Études et de Recherches sur le Développement International de l’Université d’Auvergne à Clermont-Ferrand, elle a tenu des propos dignes d’intérêt.
Dans une intervention à la fois pédagogique et stratégique, elle a mis en lumière les résultats concrets obtenus dans le cadre d’un partenariat précis. Celui entre la Côte d’Ivoire et le Millennium Challenge Corporation (MCC).
Elle a rappelé que ce programme a permis au pays de bénéficier d’un financement de 137 millions de dollars. Financement destiné à soutenir plusieurs initiatives structurantes, notamment dans le domaine de l’éducation.
Grâce à ces ressources, un vaste programme d’infrastructures éducatives a été déployé. Incluant la construction de quarante collèges de proximité dans les régions du Gbêkê et de San Pedro. Mais, comme l’a souligné la directrice générale du MCA-Côte d’Ivoire, l’ambition du projet allait bien au-delà de la simple réalisation d’infrastructures.
« Nous avons voulu concevoir un projet véritablement intégré », a-t-elle expliqué. Précisant que le programme a également permis la construction de deux Écoles nationales supérieures à Bouaké et à San Pedro. Afin de renforcer la formation des enseignants et d’accompagner l’expansion du réseau scolaire.
Selon elle, la durabilité d’un tel programme repose avant tout sur l’adhésion des populations locales. C’est pourquoi une stratégie de mobilisation communautaire a été mise en place dès les premières phases du projet. En collaboration étroite avec les préfets, les conseils régionaux et les autorités traditionnelles, des personnes ressources ont été identifiées dans les communautés.
Cela pour servir de relais entre les populations et les équipes du MCA-Côte d’Ivoire.
Ces acteurs locaux ont contribué à l’identification des terrains destinés à accueillir les établissements, à la gestion des indemnisations liées aux acquisitions foncières ainsi qu’au suivi des travaux sur le terrain. Des agents du MCA ont également été recrutés afin d’accompagner ces points focaux communautaires et de renforcer l’efficacité de la mise en œuvre du programme dans les régions concernées.
L’approche adoptée s’est également appuyée sur des actions de renforcement des capacités des populations impactées. Des sessions de formation ont été organisées afin de permettre aux bénéficiaires d’utiliser de manière productive les compensations financières reçues. Certaines communautés ont ainsi investi dans la construction de logements destinés aux enseignants, tandis que d’autres ont développé des activités commerciales pour améliorer leurs revenus.
Mme Ado Gossan-Coulibaly a insisté sur un principe fondamental qui guide les projets financés par le MCC : les populations qu’affecte un projet de développement ne doivent en aucun cas se retrouver dans une situation économique plus défavorable qu’avant sa réalisation. Cette exigence constitue l’une des normes internationales majeures auxquelles les programmes doivent se conformer.
Au-delà des infrastructures, l’objectif poursuivi est également de favoriser une véritable appropriation des équipements par les communautés locales.
Ainsi, le projet a associé les populations à plusieurs étapes du processus.
Y compris à la sélection des noms des établissements scolaires, à l’issue d’enquêtes participatives conduites dans les localités concernées.
Mis en œuvre sur une période de cinq ans, ce programme prévoit également un mécanisme de transition garantissant la pérennité des acquis. À l’issue de cette phase, la gestion des infrastructures et des réformes sera progressivement transférée à l’État ivoirien. Notamment au ministère de l’Éducation nationale. Mais aussi aux collectivités territoriales et aux communautés bénéficiaires.
L’intervention de Mme Ado Gossan-Coulibaly s’est déroulée en présence de l’éminent historien et ancien ministre de l’Éducation nationale Pierre Kipré. L’on a d’ailleurs salué l’enrichissante et pertinente contribution de ce dernier au débat pour sa profondeur analytique. Très attentive à son exposé, la directrice générale du MCA-Côte d’Ivoire a d’ailleurs exprimé son appréciation pour la pertinence de ses observations. Notamment sur la cohérence nécessaire entre décentralisation administrative et planification éducative.
En définitive, cette table ronde de l’Ascad qui a eu le nez creux aura ainsi permis de croiser les regards entre responsables institutionnels, experts et universitaires. Cela autour d’un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Garantir un accès équitable à une éducation de qualité sur l’ensemble du territoire ivoirien
ALEX KIPRE
photos: AK.
POUVOIRS MAGAZINE

