Bientôt 40 ans qu’il a adopté le style de propos abrasifs. Depuis 1987, Rash N’Guessan Kouassi dit ce qu’il pense sans se préoccuper de ce que ses mots, ses prises de position peuvent (lui) couter.
Il vient de faire une sortie à seulement quelques mois du mondial. Rash porte bien son nom, il est téméraire (en Anglais) et a fait une sortie intimiste
Mais le journaliste qui aura formé Kady Touré, Choilio Diomandé, et bien d’autres, dans une sortie aussi incisive que méthodique, revient sur l’éviction controversée de Nicolas Pépé de la sélection nationale. À travers un récit détaillé des coulisses, il met en cause le fonctionnement de la Fédération ivoirienne de football et pointe une responsabilité directe du président Idriss Diallo. Tout en estimant que le sélectionneur Emerse Faé n’aurait pas les mains libres. Une affaire qui relance le débat sur la gouvernance du football ivoirien.
Une version des faits explosive
Selon Rash N’Guessan, les événements se seraient déroulés en plusieurs temps. Le sélectionneur Emerse Faé aurait d’abord contacté Nicolas Pépé pour lui demander d’appeler le président de la Fédération, Idriss Diallo, ce dernier étant mécontent.
L’échange entre le joueur et le président est décrit comme un « sermon paternaliste » : une mise au point ferme, ponctuée d’une décision définitive — « Cet enfant-là, je ne veux plus le voir sur la liste. »
Or, d’après les confidences rapportées par Pépé, son nom figurait encore sur la liste deux jours avant sa publication officielle. Il apparaissait même sur les documents internes jusqu’au dernier moment, y compris en salle de maquillage avant l’annonce publique. Ce n’est qu’à l’ultime instant qu’il aurait été retiré.
Pour Rash N’Guessan, cette chronologie accrédite une intervention directe du président fédéral dans un choix purement technique.
Faé sans autonomie ?
L’angle le plus sensible de l’analyse du journaliste concerne la position du sélectionneur. Toujours selon Rash, Emerse Faé aurait confié au joueur : « Moi je t’avais mis, c’est le président qui t’a enlevé de la liste. Ça ne vient pas de moi. »
Si ces propos sont avérés, ils posent une question institutionnelle majeure. Le sélectionneur dispose-t-il d’une pleine liberté dans ses choix sportifs ?
En exposant cette phrase, Rash N’Guessan estime que Faé « livre son président » et révèle malgré lui les limites de son autonomie. Pour le journaliste, il ne s’agit pas seulement d’un différend personnel, mais d’un problème structurel de gouvernance.
Une fédération tournée en dérision
La sortie médiatique du journaliste ne se limite pas au cas Pépé. Elle s’inscrit dans une critique plus large de la Fédération ivoirienne de football, accusée d’ingérence et de pratiques de « copinage ».
Rash cite d’ailleurs Julien Fournier ancien directeur sportif de Nice (2011-2022) et son appel à « arrêter le copinage ». Suggérant que les décisions sportives devraient être sanctuarisées et protégées de toute influence extérieure.
Dans son intervention, le ton oscille entre gravité et ironie. L’évocation hypothétique d’un retour de figures comme Kalou Bonaventure ou Aruna Dindané illustre une inquiétude plus profonde. Celle d’une gestion imprévisible qui pourrait fragiliser la compétitivité des Éléphants. Notamment à l’approche des grandes échéances internationales.
Quel avenir pour Pépé… et pour les Éléphants ?
Au-delà du tumulte médiatique, la question demeure : que deviendra Nicolas Pépé ? Si le joueur estime avoir été « livré », la relation de confiance avec l’encadrement semble durablement entamée.
Rash N’Guessan, lui, élargit le débat : la sélection nationale n’appartient ni à un homme, ni à un cercle restreint. « La Côte d’Ivoire est l’affaire de tous », martèle-t-il en substance.
À travers cette affaire, c’est l’équilibre entre pouvoir fédéral et autorité technique qui est interrogé. Dans un contexte où la Côte d’Ivoire ambitionne de briller sur la scène mondiale, la transparence et la stabilité apparaissent plus que jamais comme des impératifs.
L’affaire Pépé dépasse donc le cas individuel. Elle devient le révélateur d’un mode de gouvernance contesté — et un test pour la crédibilité future du football ivoirien.
DESIRE THEA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

