Entre exigence chorégraphique, expérimentation scénographique et adhésion populaire, la restitution à Adjahui confirme la maturité artistique du laboratoire et ouvre de nouvelles perspectives d’ancrage territorial.
Dans ce jeu de mimèsis, la performance produite par les 12 interprètes est à souligner. Car s’inscrivant fort bien dans l’esprit et l’ancrage que le chorégraphe Léonce Noah envisage de développer dans ce territoire.
« Le travail que nous avons effectué a permis de rendre visible une recherche engagée autour du corps sensible, de l’écoute et de la relation à l’espace, en particulier dans une approche où le mouvement naît autant du souffle que du contexte urbain et humain », valide le chef de cette orchestration performative.
Qui poursuit sur cette note de satisfaction : « La restitution a correspondu pleinement à l’orientation artistique que je souhaite développer. Une pratique indisciplinée qui relie protocole de recherche. Improvisation consciente et écriture chorégraphique. J’observe une évolution notable dans la présence des apprenant·e·s, avec une meilleure qualité d’attention. Une écoute collective plus affirmée et une capacité à habiter le geste avec justesse. La performance des jeunes interprètes témoigne de leur engagement sincère envers l’approche que je développe.
Cela ne peut que me réjouir.
Certains commencent à montrer une maturité scénique et une précision corporelle. Tandis que d’autres sont encore dans une phase d’exploration, ce qui fait aussi la richesse pédagogique du laboratoire. L’ensemble du groupe a montré une progression réelle en termes de cohésion et de prise de risque artistique.
Je tiens également à souligner la contribution essentielle qu’a apportée, lors de cette session, Emma Thierry, scénographe en 5e année à la HEAR (Haute École des Arts du Rhin) de Strasbourg. Son regard a accompagné la structuration de l’espace et a permis de créer un dialogue sensible entre scénographie, mouvement et environnement. Sa présence a renforcé la dimension expérimentale… »
« Je suis arrivée quand ils (les apprenants) avaient déjà trouvé leurs lieux de recherche. Nous avons analysé les lieux ensemble pour voir les images qui s’y présentaient et jouer avec les objets et l’environnement. Après la collecte des matériaux de scénographie, nous avons aussi travaillé ensemble sur leurs idées de base.
J’ai essayé de leur donner des références complètement décalées de l’apparence, afin qu’ils aillent plus loin dans l’appréhension de l’espace. Au départ, je les sentais assez réservés quant à mettre la main à la pâte, c’est-à-dire utiliser les déchets présents sur place. Et au final, ils se les sont appropriés. Nous avons eu des discussions qui ont fait évoluer le processus. Au final, les costumes ont été justes, et cela a été une expérimentation réussie », s’est réjouie pour sa part Emma Thierry, qui se dit partante. Partante pour une éventuelle nouvelle expérience dans le Laboratoire à Adjahui. « C’est une collaboration à court et long terme », s’est-elle amusée à paraphraser Léonce Noah…
Leçons d’une expérimentation
Visiblement, le Laboratoire de Léonce Noah pourrait avoir trouvé son terrain d’ancrage à Adjahui. Avec l’intention de base et surtout la bénédiction du Nanan, chef de terre d’Adjahui Coubé — venu spécialement sur l’espace. Ce samedi de restitution, pour proférer ses bénédictions à chacun des artistes-acteurs — le développement de ce projet sur la presqu’île s’intègre de la plus belle des manières.
Au vu de l’évolution observée dans l’exercice et des belles performances délivrées, cette édition du Laboratoire Broukabrou Relâche à Adjahui a paru pleinement à son aise.
À en juger aussi par l’engouement populaire des jeunes et des enfants lors de la déambulation artistique, à laquelle a succédé une projection vidéo des travaux de la quinzaine de formation ainsi que ceux des années précédentes du Laboratoire à Gonzagueville Jean-Folly.
La différence entre les espaces précédents et celui d’Adjahui s’apprécie davantage à un niveau spirituel. À Adjahui, Gbô, sa pratique et ses invités se sont sentis plus en… relâche, bénéficiant d’une bienveillance accrue, d’un regard plus amène dans un environnement sensiblement plus ouvert.
On comprend dès lors, pendant la nuit de projection, le sentiment de Léonce Noah Gbô, qui a paru habité par la douce joie du chercheur ayant trouvé quelque chose. Lui qui trace déjà les plans d’avenir du Laboratoire à Adjahui « pour faire émerger d’autres formes d’expression créatrices ».
Le succès de cette expérimentation à Adjahui revient également aux douze apprenants.
Emmanuel Ya Koffi, Marc Wilfried Kouamé, Pulchérie Andréa Libi, Aristide Yohou, Blanchard Alloka, Achille Hayicou, Emmanuel Zékré, Leslie Gayé Ange, Dadi Gbagbo Roland Telie, Marie Anges Séa, Koissi Apétrogbo et Junior Wahi. Des danseurs-interprètes dont l’investissement dans ce projet confère au Laboratoire sa légitimité et sa noblesse.
Comme autre articulation de cette journée de restitution, mentionnons également la performance solo du danseur Lambert Kouamé, ainsi que la présentation, en une dizaine de minutes, de « Brique 15 », la pièce en création de Léonce Noah avec les danseurs-interprètes de sa compagnie Danse de passage.
La journée de restitution du Laboratoire Broukabrou Relâche 2026 à Adjahui Coubé s’est achevée tard dans la nuit, sur une note festive, notamment à travers un bal poussière sur le terrain sableux du foyer social.
Un projet artistique d’appropriation spatiale de la presqu’île est né…
Harding M’BRA
photo:dr
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