Coach “Charlton”: « On peut rivaliser avec l’Europe , si notre football se joue avec le cœur et le cerveau  »

4 semaines

Avec une barbe qui lui mange le visage, figure discrète mais influente du football africain, Kouadio Alain Tiemele, dit Charlton, façonne avec AFE Afrique Football Élite une équipe exigeante.

Une équipe méthodique et ambitieuse, fidèle à l’héritage de Jean-Marc Guillou et résolument tournée vers le haut niveau. On l’écoute

Pouvoirs Magazine :
Coach, on dit que votre équipe s’impose sur le terrain mais intrigue en coulisses. Qu’y a-t-il réellement derrière ce succès ?

Charlton :
Il n’y a aucun mystère. Il y a surtout énormément d’heures de travail. Le succès n’est jamais accidentel. Nous travaillons chaque jour avec l’obsession de progresser, de nous rapprocher des standards du haut niveau. Aujourd’hui, le football moderne exige à la fois le beau jeu et l’efficacité. Nous essayons de concilier les deux, sans compromis.

Pouvoirs Magazine :
Vous êtes présenté comme un pur disciple de Jean-Marc Guillou. Que vous a-t-il transmis ?

Charlton :


Je suis clairement un produit de Jean-Marc Guillou.

J’ai intégré très jeune son académie de Sol Béni. Tout ce que je sais vient de là : la méthodologie, la philosophie, la lecture du jeu. Surtout les fondamentaux. Le rapport entre le joueur et le ballon. Le contrôle, la maîtrise, la répétition. C’est une école de rigueur et de patience. Cette base ne me quittera jamais.

Pouvoirs Magazine :
On raconte qu’avant votre blessure, certains grands noms auraient attendu longtemps sur le banc. Mythe ou réalité ?

Charlton (sourire) :
Ce sont des histoires d’académie… Mais ce qui est sûr, c’est que la concurrence était rude. Le talent seul ne suffisait pas, il fallait travailler.

Pouvoirs Magazine :
Votre carrière de joueur s’est arrêtée brutalement. Comment avez-vous vécu cet échec médical ?

Charlton :
Très jeune, j’ai subi une grave blessure au genou droit. Malgré des consultations chez de grands spécialistes à Strasbourg, la médecine n’a pas pu résoudre le problème. Sur le moment, ce fut une grande douleur. Mais avec le recul, ce malheur a été une chance. Il m’a permis de me reconvertir très tôt. Grâce à l’accompagnement de mes éducateurs, j’ai transmis ce que j’avais appris. Cela fait vingt-cinq ans que je suis de l’autre côté, et je suis heureux.

Pouvoirs Magazine :
Certains disent que votre football est trop européen pour une équipe malienne.

Charlton :
Je prends cela comme un compliment. Le rêve de ces jeunes est de jouer au plus haut niveau. J’ai complété ma formation par des stages au Sporting Lisbonne, à Reims, à Beveren. À l’académie, la technique est centrale. En Europe, j’ai appris d’autres dimensions : l’intensité, la discipline tactique, la gestion collective. Aujourd’hui, j’ai un bagage équilibré.

CHARLTON à droite en compagnie de TROUSSIER à gauche,

Pouvoirs Magazine :
Vous participez au TIDA. Ressentez-vous la pression ?

Charlton :
Participer au TIDA est un bonheur.

Beaucoup de nos joueurs sont Maliens nés en Côte d’Ivoire.

Revenir ici a une valeur symbolique forte. C’est aussi une vitrine. Des recruteurs sont là. Nous venons montrer nos talents.

Pouvoirs Magazine :
Votre objectif est-il de gagner ou de vous faire remarquer ?

Charlton :
En formation, on apprend la technique. En compétition, il faut gagner avec la manière, dans le respect des valeurs : adversaires, arbitres, public. Nous venons défendre un football propre et crédible.

Pouvoirs Magazine :
Comment voyez-vous vos joueurs ?

Charlton :
Comme des frères. Ils ont du talent. Mon combat, c’est que le football africain soit respecté mondialement. Pas comme un simple accompagnateur. C’est pour cela que nous avons choisi de rester en Afrique et d’aider nos jeunes à bâtir de vraies carrières.

photo:dr

Propos recueillis par Pouvoirs Magazine