Sous-océans: Qui contrôle les câbles contrôle le monde

2 semaines

À l’heure des polycrises, les câbles sous-marins constituent l’infrastructure stratégique vitale de la mondialisation numérique et redessinent puissances, souverainetés et rivalités géopolitiques.

« Nous sommes tous connectés par Internet, comme des neurones dans un cerveau géant », affirmait Stephen Hawking.
Derrière cette métaphore puissante se cache une réalité matérielle profondément ancrée dans les abysses océaniques.
Près de quatre-vingt-quinze pour cent des données internationales transitent aujourd’hui par des câbles sous-marins.


Le prétendu cloud repose en réalité sur plus d’un million trois cent mille kilomètres de fibres optiques.
Depuis le premier câble télégraphique transatlantique du XIXe siècle, une longue odyssée technologique s’est déployée.
En 1858, une liaison reliait déjà l’Irlande à Terre-Neuve, inaugurant l’ère des communications mondialisées.
Au départ, ces infrastructures servaient principalement les intérêts commerciaux et coloniaux des puissances européennes.
Progressivement, le réseau s’est densifié jusqu’à constituer une toile numérique véritablement planétaire.


Dans un monde traversé par des crises multiples, ces câbles deviennent des leviers géopolitiques majeurs.
La Convention des Nations unies sur le droit de la mer encadre juridiquement leur déploiement et protection.


Mais la souveraineté des données dépasse largement le cadre juridique formel établi.


Posséder ou financer un câble signifie influencer flux informationnels et dépendances stratégiques internationales.


Les États-Unis, la Chine et la Russie investissent massivement pour sécuriser routes numériques critiques.
Les grandes plateformes américaines comme Google ou Microsoft cofinancent désormais de nombreux projets structurants.
L’Europe privilégie souvent des consortiums internationaux afin de mutualiser investissements et risques industriels.
Environ cinq cent cinquante câbles actifs ou planifiés maillent actuellement les fonds marins mondiaux.


Ces infrastructures demeurent vulnérables aux ancres, aux séismes sous-marins et aux tensions militaires croissantes.
Près des deux tiers des dommages proviennent d’activités maritimes accidentelles liées à la pêche.
Le marché des navires câbliers reste dominé par des groupes britanniques, américains, français et asiatiques.
Ainsi, sous les vagues silencieuses, se joue une compétition stratégique déterminante pour l’équilibre mondial.

CAMUS BOMISSO

photo:dr

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Camus Bomisso, administrateur indépendant, spécialiste  de la gestion des risques et des