13 janvier : John Pololo, le bandit, le mythe et l’État

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Adulé, craint, instrumentalisé puis éliminé, John Pololo reste l’une des figures les plus dérangeantes de l’histoire urbaine ivoirienne moderne. 26 ans après sa mort un 13 janvier 2000.

Le 13 janvier 2000, une altercation ordinaire précipite l’exécution de Sahiri Gnédré Lazare, connu universellement sous le nom John Pololo.

En quelques minutes, son corps sculpté par les arts martiaux est criblé de balles, scellant brutalement une trajectoire déjà légendaire.

À Abidjan, Pololo divise encore : criminel impitoyable pour certains, justicier urbain charismatique pour d’autres, profondément contradictoire.

Accusé de braquages, viols, meurtres et extorsions, il incarne aussi l’insécurité chronique des quartiers populaires des années troubles.

Mais dans les ghettos, il est parfois perçu comme protecteur, imposant ordre et respect là où l’État semblait absent.

Né en 1962 dans un milieu modeste, il quitte Gagnoa pour Abidjan, apprend la rue et forge sa domination.

Combattant redoutable, il frappe avec style, gagne sans courir, impose par le regard une autorité incontestable.

Chef des Vagabons Sauvés, il règne sans armes à feu, prélève un impôt informel et contrôle des territoires entiers.

Pololo invente des mots, popularise le « ya fohi », influence le nouchi et marque durablement l’imaginaire urbain ivoirien.

Créateur du logobi et de danses provocatrices, il transforme la violence en performance culturelle et identitaire assumée.

Sa silhouette, lunettes noires et démarche chaloupée, devient une signature, un langage corporel reconnaissable et redouté.

Proche de certains barons du régime houphouëtiste, on l’aurait utilisé pour casser grèves et intimider oppositions politiques.

Ainsi, Pololo bâtit un empire sans urnes, gouverne par la peur, la rumeur et une réputation savamment entretenue.

La MACA devient son centre symbolique, lieu de pouvoir, d’influence et de mythification permanente.

Abattu par la FIRPAC sous le général Guéï, il paie le prix d’un mythe devenu incontrôlable pour l’État. Et pour Guéi qui venant de prendre le pouvoir veut marquer les esprits de son autorité.

Vingt-six ans après sa mort, John Pololo demeure un fantôme politique, social et culturel, toujours vivant dans la mémoire ivoirienne.

Légende controversée des lourbards, miroir cruel d’une Côte d’Ivoire urbaine en quête d’ordre.

HARON LESLIE

photo:dr

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