Simplice Zinsou : « être un homme d’affaires ne suffit pas à faire un homme de football »

3 semaines

Ancien président de l’Africa Sports pendant vingt-cinq ans et ex-conseiller spécial de la CAF, Simplice de Messè Zinsou livre un réquisitoire sévère contre la mise sous tutelle du football africain par la FIFA.


Entre perte de dignité institutionnelle, domination économique et abandon du football local,
il parle sans détour, fidèle à sa liberté de ton et à son amour du jeu.

Simplice de Messè Zinsou n’a jamais été un homme de demi-mots.
Lorsqu’il parle, c’est avec la mémoire longue et la colère contenue de ceux qui ont vu une institution se défaire.

« J’ai dit à Issa Hayatou que je m’en allais. Je ne reviendrai plus dans cette affaire. Je ne suis pas candidat à la publicité », confie-t-il d’emblée, comme pour clore définitivement un chapitre de sa vie.

Pour lui, le mal est profond.
Changer la périodicité de la Coupe d’Afrique des Nations relève du « grand n’importe quoi ».
Une décision imposée, selon lui, de l’extérieur.

« Infantino dicte sa loi à la CAF. Faites ceci, faites cela. Et la CAF s’exécute », déplore-t-il, sans précautions oratoires.

Dans cette soumission, il voit une perte grave : celle de la dignité et de l’honorabilité d’une institution autrefois respectée.
Sous Issa Hayatou, rappelle-t-il, la CAF dialoguait avec la FIFA, mais ne s’agenouillait pas.

« Je n’ai jamais vu Blatter dire à Hayatou : tu vas faire ça, et Issa se soumettre », insiste-t-il, nostalgique d’une époque où l’Afrique du football parlait d’égal à égal.

L’arrivée de Patrice Motsepe cristallise, selon lui, cette dérive.


Avant la CAF, Motsepe était un homme d’affaires respectable, reconnaît-il.
Mais être un homme d’affaires ne suffit pas à faire un homme de football.

« Ce n’est pas parce que vous avez de l’argent que vous êtes un homme du football », tranche-t-il.

Aujourd’hui, à ses yeux, la réalité est claire et doit être nommée sans peur :
la CAF est sous tutelle de la FIFA.

Or, pour Zinsou, collaborer n’est pas se soumettre.
La FIFA peut être le gouvernement du football mondial, mais la CAF doit conserver sa souveraineté morale et décisionnelle.

« Elle ne peut pas faire cavalier seul, mais elle ne doit pas répondre à toutes les exigences », martèle-t-il.

Cette dépendance attriste profondément les anciens acteurs du jeu.
Quand il discute avec les grandes figures qui ont marqué l’histoire du football africain, le même sentiment revient : une douleur sourde, presque une honte.

« Le football africain est dirigé par la FIFA. Disons-le clairement », affirme-t-il, fidèle à la spontanéité qui le caractérise.

Il évoque même certains symboles qu’il juge absurdes, comme ce trophée de la paix remis à Donald Trump par Gianni Infantino.
« Cela n’a jamais existé auparavant », s’étonne-t-il, voyant là une personnalisation excessive du pouvoir footballistique.

Pourtant, Zinsou ne nie pas les avancées du jeu.


Le football a évolué positivement, reconnaît-il, et les CAN offrent aujourd’hui des compétitions riches en surprises et en intensité.

Mais le cœur du problème demeure ailleurs : la formation.
Le football local africain n’existe pas réellement, faute d’investissements sérieux à la base.

Les dirigeants de clubs, souvent des mécènes, dépensent leurs propres ressources, sans soutien structurel solide.
Ils se heurtent à des obstacles permanents, pendant que des recruteurs européens — qu’il qualifie de rapaces — sillonnent le continent.

Les jeunes talents sont aspirés, parfois dans des conditions opaques, vers l’Europe.
Et les clubs locaux restent impuissants face à ces recrutements malsains, qui affaiblissent durablement les championnats nationaux.

Au fond, le message de Simplice de Messè Zinsou est un appel.
Un appel à la reconquête de la dignité institutionnelle.
Un appel à un football africain qui se gouverne par des hommes de football, et non par la seule puissance de l’argent.

DESIRE THEA

photo:dr

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