Législatives à Hiré / Alexandre N’Da (candidat) : « Ce sont les électeurs qui décident, pas les étiquettes »

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Passages sporadiques de cortèges peu fournis en cylindrées. Affiches de campagne plutôt ternes. Prises de vue peu créatives. Mots filtrés.

On est bien loin de la dramatique frénésie des joutes électorales antérieures dans la circonscription électorale de Hiré-Zigoh, pour ces législatives.

Dans cette atmosphère nouvelle, un profil émerge. Alexandre N’Da, polytechnicien, la quarantaine à peine entamée, se présente comme candidat indépendant. Il parle de ses ambitions pour Hiré-Zégo, avec élégance et retenue dans le ton.

Vous avez effectué plusieurs semaines d’échanges assidus avec les populations de Hiré et de Zégo. Quels signaux vous envoient-elles pour les prochaines élections ?

Les populations de Hiré et de Zégo m’envoient un message très clair : elles veulent être écoutées et respectées. Elles ne demandent pas des discours compliqués, mais des réponses concrètes à leurs réalités quotidiennes : routes, écoles, emploi des jeunes, accompagnement des femmes et retombées locales de l’exploitation minière. Ce que je ressens surtout, c’est une envie de changement dans la méthode, pas forcément dans les slogans. Les populations veulent un député proche, présent, accessible, quelqu’un qui connaît leurs problèmes parce qu’il les vit avec elles.

Ce signal est fort et je l’accueille avec beaucoup de responsabilité.

Vous êtes candidat indépendant face à des partis majeurs comme le PDCI-RDA et le RHDP. Comment évaluez-vous vos chances ?

Je respecte profondément les partis politiques et les personnalités engagées. Mais je crois que les élections législatives sont avant tout une rencontre entre un homme et son peuple. Ma candidature indépendante n’est pas une faiblesse, c’est une liberté. Elle me permet de défendre Hiré-Zégo sans calcul partisan, sans pression, sans alignement automatique. Mes chances, je ne les mesure pas en logos ou en appareils politiques. Je les mesure en confiance populaire, en présence sur le terrain et en travail déjà accompli. À la fin, ce sont les électeurs qui décident, pas les étiquettes.

Hiré reste une zone marginalisée en termes d’infrastructures, malgré ses mines d’or. Comment comptez-vous la défendre à l’Assemblée nationale une fois élu ?

C’est justement l’un des combats majeurs qui motivent ma candidature. Hiré représente environ 33 % de l’exploitation minière du pays. Elle ne peut plus être une zone qui produit de la richesse sans en bénéficier réellement. À l’Assemblée nationale, je compte défendre Hiré-Zégo avec une approche claire : plaidoyer pour une meilleure redistribution des retombées minières, suivi rigoureux des projets d’infrastructures, interpellation régulière du gouvernement sur les engagements pris pour notre circonscription, et travail en réseau avec les autres députés des zones minières.

Être député, ce n’est pas seulement voter des lois, c’est aussi porter la voix de son territoire avec fermeté et constance.

Vous semblez très jeune et sans appartenance politique déclarée. Votre candidature est-elle une mise à la retraite forcée des anciens ?

Absolument pas. Je ne suis pas dans une logique de rupture générationnelle conflictuelle. Je crois profondément à la complémentarité entre l’expérience des aînés et l’énergie des plus jeunes. Ma candidature n’est pas contre quelqu’un, elle est pour Hiré-Zégo. Être jeune aujourd’hui, ce n’est pas être inexpérimenté. C’est parfois avoir une autre manière de travailler, plus proche du terrain, plus disponible et plus connectée aux réalités actuelles. Je respecte les anciens et je souhaite travailler avec eux, pas les effacer.

Le processus électoral reste contesté par l’opposition, notamment le PPA-CI. N’avez-vous pas l’impression de faire le jeu du pouvoir ?

Je comprends les inquiétudes et les positions de certains acteurs politiques. Elles font partie du débat démocratique. Pour ma part, ma candidature n’est au service d’aucun pouvoir, mais exclusivement au service des populations de Hiré-Zégo. Je ne suis pas candidat pour régler des comptes nationaux, mais pour répondre à des problèmes locaux. Participer à une élection, ce n’est pas forcément cautionner tout le système, c’est aussi choisir d’agir de l’intérieur, de manière responsable et pacifique. Je crois en une démocratie apaisée, où le peuple peut choisir librement ses représentants.

Interview réalisée par Erick Fofana

photo:dr

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