Père Francis Barbey : « Parler de Jésus aujourd’hui est devenu un acte de fidélité »

6 mois

Prêtre du diocèse de San Pedro, universitaire et auteur prolifique, le père Francis Barbey qui séjourne à Cannes publie une trilogie consacrée à Jésus.

Il y défend une parole chrétienne claire, assumée et théologiquement enracinée, face aux confusions contemporaines.

Pouvoirs Magazine

Père Barbey, vous publiez prochainement une trilogie sur Jésus en Suisse et en France. Vous semblez changer de registre, loin de vos travaux sur l’éducation aux médias, la communication sociale ou la politique.

Père Francis Barbey (PFB)

L’un n’empêche pas l’autre. Je continue de publier sur l’éducation aux médias et la communication sociale. La politique, en revanche, m’interpelle de moins en moins. Lorsque je vois ce qui se passe, notamment en Afrique, où la politique semble souvent trahir le bien commun et la dignité humaine, je perds parfois mon latin.
Dans de nombreux pays, les élections engendrent la violence, la parole donnée est reniée, les constitutions sont instrumentalisées, et des intellectuels justifient l’injustifiable dans les médias. Il faudrait inventer de nouveaux outils conceptuels pour analyser ces pseudo-dialogues politiques, ces exclusions systématiques et cette répression déguisée.
Je ne nie pas l’existence d’acteurs politiques vertueux, en Afrique comme ailleurs. Mais il existe un déficit manifeste de vertu politique.

Pouvoirs Magazine

Vous poursuivez pourtant vos recherches sur l’Église et l’éducation aux médias.

PFB

Oui. J’ai achevé un travail important sur l’Église et l’éducation aux médias à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Depuis le Concile Vatican II, l’Église considère l’éducation aux médias comme une exigence majeure. Or, soixante ans plus tard, elle n’a pas reçu l’attention qu’elle mérite, ni de la part des États ni de l’Église elle-même.
Beaucoup préfèrent légiférer plutôt qu’éduquer. Pourtant, lorsqu’un adolescent est arrêté pour des contenus problématiques, c’est avant tout l’échec d’un système éducatif.
Très peu d’Églises particulières investissent réellement ce champ. Or l’usage des médias ne peut plus être seulement instrumental ; il doit être culturel et éthique. Jean-Paul II l’avait déjà souligné. J’appelle donc les Églises à faire de l’éducation aux médias une véritable exigence pastorale, du primaire aux séminaires.

Pouvoirs Magazine

Venons-en à votre trilogie sur Jésus. Comment un spécialiste de la communication sociale peut-il écrire sur Jésus sans être théologien de métier ?

PFB (rires)

Je suis un théologien autodidacte. Mais surtout, je m’interroge depuis longtemps, en tant que communicant, sur ce que signifie aujourd’hui le nom de Jésus dans l’espace public.
La parole théologique, bien que vraie et nécessaire, peine parfois à être entendue. Chacun se sent autorisé à parler de Jésus, souvent à partir d’expériences subjectives. J’ai donc cherché à faire dialoguer théologie et communication à travers ce que l’on appelle la communication pastorale.
Il ne s’agit pas de transmettre mécaniquement un contenu doctrinal, mais de parler de Dieu de manière symbolique, expérientielle et liturgique. La théologie elle-même se laisse alors façonner par les formes de la communication, comme une parole portée par un souffle.

Pouvoirs Magazine

Trois livres pour parler de Jésus. N’en parle-t-on pas déjà suffisamment ?

PFB

Justement, on en parle très peu. Le cardinal Cantalamessa l’avait déjà souligné. Les chrétiens parlent souvent de Dieu de manière impersonnelle, par complexe ou par souci de ne pas heurter.
Jésus est parfois relégué pour éviter de choquer. Pourtant, c’est par lui que nous connaissons le Père. Si notre connaissance de Jésus est superficielle, notre connaissance de Dieu le sera aussi.
Ces trois ouvrages replacent Jésus au cœur de la foi chrétienne.

Pouvoirs Magazine

Que propose le premier ouvrage ?

PFB

L’amour de Dieu à portée de cœur est une méditation sur le cœur du message chrétien : « Dieu est amour ». La foi repose sur une rencontre vivante avec le Christ ressuscité, toujours agissant dans l’histoire.
Le christianisme exprime la gratuité du don de Dieu et son actualité permanente, par l’Esprit, à travers les siècles.

Pouvoirs Magazine

Et le second ?

PFB

Il s’adresse davantage à ceux qui cherchent. Sans entrer dans les polémiques sur l’historicité de Jésus, j’ai voulu présenter une figure christologique fidèle aux Évangiles, capable de susciter confiance et apaisement, plutôt que d’alimenter des débats stériles.

Pouvoirs Magazine

Le troisième ouvrage conclut-il la trilogie ?

PFB

Il affirme la permanence de la foi : « Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement ». Les formes changent, mais la vérité demeure. Trois temps, une seule confession : Jésus est Seigneur.

Pouvoirs Magazine

Cette affirmation n’entrave-t-elle pas le dialogue interreligieux ?

PFB

Le dialogue n’a de sens que s’il repose sur des différences assumées. Je parle du Dieu révélé en Jésus Christ, sans rejeter l’autre. Jean-Paul II disait que le dialogue réduit les préjugés, mais il ne doit pas diluer la foi.
Comme l’écrit Hans Urs von Balthasar, Dieu ne veut plus avoir d’autre rapport au monde que celui dont Jésus-Christ est le centre.

Pouvoirs Magazine

Vous semblez considérer que le christianisme n’est pas une religion.

PFB

Au sens théologique, en effet. Le christianisme n’est pas une religion parmi d’autres, mais une rencontre : celle de Dieu fait homme.
Il est le lieu où l’histoire divine et l’histoire humaine se rejoignent. Jésus est « le chemin, la vérité et la vie ». C’est pourquoi le christianisme est, selon Alain Juranville, une religion de la grâce.

Propos recueillis par AK

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

Sous le poids des ordures

À travers ce billet d’humeur, F. M. Bally livre son analyse de la persistance de l’insalubrité dans le district d’Abidjan et questionne

DU MEME SUJET

Qui est vraiment Jésus en ce début de carême…

À l’aube du Carême chrétien et musulman, l’historien Jean-Christian Petitfils explore, à

EXCLUSIF: Lettre anonyme, crise ouverte dans l’Église : « Il faut réveiller le Christ ! » lance Père Barbey

La diffusion d’un document anonyme mettant en cause la gouvernance de l’Archidiocèse