« Toute tradition qui rabaisse un être humain doit être abandonnée » Flore Hazoumé

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Flore Hazoumé occupe actuellement la scène littéraire avec son nouveau roman Ça aurait dû bien se passer, publié aux Classiques Africains.

Fidèle à son art d’explorer les zones secrètes de la famille, elle interroge ici une tradition africaine à travers une tragédie conjugale. Poignant, satirique et instructif, le roman frappe par son lyrisme.
Au terme d’un café littéraire très animé, le 19 novembre 2025, avec les étudiants de l’ESMA (campus de la Riviera 2), l’autrice s’est confiée sur les ressorts de son livre.

Pouvoirs Magazine : « Ça aurait dû bien se passer expose les pesanteurs de certaines traditions dans les relations conjugales. Dans ce monde moderne, souhaitez-vous alerter sur les effets pernicieux de certains conservatismes que l’on devrait abandonner ? »

Flore Hazoumé :
J’ai écrit cette histoire à partir d’une tradition bamoun (Royaume Bamoun, Cameroun). Je m’intéressais surtout à l’aspect humain, c’est-à-dire aux répercussions que cette pratique ancestrale peut avoir sur la vie d’une femme et d’une famille. Je n’étais pas dans une posture strictement féministe, mais plutôt humaniste.
Et je pense que toute pratique ou tradition qui chosifie, blesse ou rabaisse un être humain, quel que soit son sexe ou son origine, doit être abandonnée.

P. Magazine : « Il y a comme un parti pris féministe dans votre roman, à travers le regard porté sur la tragédie vécue par votre narratrice. Est-ce un choix pleinement assumé ? »

F. Hazoumé :
Le mot « féministe » ne m’horripile pas, même s’il est souvent caricaturé. Dès qu’une femme élève la voix, on la dit féministe, comme si c’était une insulte, ce qui est triste.
On devrait d’abord considérer la femme comme un être humain ayant le droit à la parole et à la dénonciation de toute injustice. Avant d’être vue comme une femme, j’aimerais être reconnue comme l’être humain que je suis. Pour moi, le combat féministe est un combat humaniste, car il vise l’épanouissement d’un être humain : la femme.

P. Magazine : « Comment devrait se construire l’épanouissement de la femme africaine entre tradition et modernité ? »

F. Hazoumé :
Il faut trouver un équilibre entre tradition et modernité, car nos traditions ne sont pas toutes à rejeter. Nous devons connaître nos cultures, les analyser à la lumière du monde actuel et conserver ce qu’elles ont de meilleur.

P. Magazine : « Votre roman fait évoluer ses personnages entre fantastique et réel. Quelle était votre intention ? »

F. Hazoumé :
Le roman est un espace de fiction. Quand je lis, j’aime voyager et ressentir des émotions ; j’écris dans ce même esprit.
J’ai toujours été attirée par le fantastique. Lorsque l’histoire le permet, j’intègre des éléments surnaturels, comme dans Le Crépuscule de l’homme ou Juste une question de cœur. Ces incursions dynamisent le récit et offrent une tonalité originale à l’ensemble.

P. Magazine : « Votre bibliographie fait de vous une sorte d’“archéologue des liens familiaux”. Cette appellation vous convient-elle ? »

F. Hazoumé :
Je n’y avais jamais pensé, mais l’expression est très belle.
La famille est une petite société où les individus n’ont pas choisi d’être ensemble. C’est un lieu où se mêlent amour, colère, tendresse, conflit. C’est un espace où notre humanité se révèle pleinement. Pour un auteur, c’est une source d’inspiration infinie.

P. Magazine : « Quelle place occupe ce dernier livre dans votre parcours littéraire ? »

F. Hazoumé :
Je ne saurais le dire. Je laisse aux lecteurs le soin d’établir leur propre palmarès. Moi, j’écris ; à eux d’apprécier… ou pas.

Recueillis par : Aaron LESLIE

photo:dr

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