C’est avec un immense sentiment de joie que je prends la parole ce jour, à cette tribune de la salle Bernard Dadié du Palais de la Culture d’Abidjan, à l’occasion de la cérémonie solennelle d’ouverture de la 13ème édition du Salon International du Livre d’Abidjan.
Permettez-moi de partager cette joie avec les membres de la délégation du Sénat qui m’accompagne. Le Sénat, à travers ma voix, remercie l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire et le Commissaire Général du SILA pour l’aimable invitation adressée à son Président en vue du parrainage de la présente édition du SILA.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Dans les nombreux évènements qui rythment la vie de notre nation, il est heureux de noter ce moment si particulier que nous offre, chaque année, les acteurs du champ culturel ivoirien pour nous rappeler l’importance du livre.
Si j’ai accepté le parrainage de cette manifestation, c’est en souvenir d’un passé pas si lointain, le passé des hommes de ma génération, nés à une époque où la très grande majorité des hommes et des femmes qui nous entouraient étaient analphabètes – c’est-à-dire qu’ils ne savaient ni lire ni écrire -.
C’est à la lumière de ce qu’on appelait les lampes-tempête dans les villages ou des lampadaires dans les villes que beaucoup d’entre nous ont pris conscience du pouvoir qu’il y a dans la capacité de lire et de comprendre ce qu’on lit.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Au-delà de l’aspect purement scolaire, les livres nous ont ouvert à un savoir universel sur lequel nous avons pris appui pour nous élever et grandir ; pour nous hausser _chacun dans sa spécialité _ dans les hautes sphères de la connaissance et aujourd’hui du pouvoir.
Mais également par un retour sur nous-mêmes, à une prise de conscience de l’importance des valeurs propres à notre culture ; de la richesse du patrimoine littéraire, culturel, historique et civilisationnel de notre pays et du continent africain ; et surtout de nos différences avec les autres civilisations de la Cité-Monde.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Loin de moi, la défense de l’idée que toute réussite sociale est arrimée à l’accès au livre. Dans nos entourages, nos cercles de connaissance respectifs, on peut vérifier qu’il n’est pas toujours nécessaire de savoir lire pour réussir dans la vie.
Mais la fréquentation des livres ouvre la porte à une liberté intellectuelle, à des choix raisonnés impossibles sans la pratique de la lecture qui nous introduit dans un monde autre que celui du temps réel ; qui nous permet de pénétrer un monde parallèle plus vrai que celui de l’instant présent : le monde de la connaissance, du passé et du présent, le monde des idées, des croyances, des techniques, le monde des émotions, des rêves, de l’exotisme, du dépaysement pour voyager dans le temps et dans l’espace. Ce qui nous nous renvoie au thème de cette édition : « Le livre dans tous ses états ».
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Je voudrais en premier lieu saluer Madame la Ministre de la Culture et de la Francophonie, Présidente de cette manifestation. Nous sommes tous sensibles à l’immensité de la tâche qui lui incombe dans la mise en place des politiques publiques en lien avec la promotion du livre.
Tout en louant le dynamisme de Madame le Ministre depuis son arrivée à la tête de ce ministère, je voudrais relever en même temps les limites de l’action d’un Ministère de la culture aux ressources budgétaires presque partout limitées et dont l’action première est d’encourager et de soutenir des initiatives conduites principalement par des acteurs privés.
Mes salutations s’adressent également à Madame le Ministre de l’Education et de l’Alphabétisation, Coprésidente du SILA dont la mission principale est d’éveiller dès le bas âge et jusqu’à l’adolescence, l’amour du livre à travers l’apprentissage de la lecture de la partie la plus sensible des populations de la cité.
Je voudrais enfin, saluer l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire, initiatrice d’une activité qui a pris racine et qui fait la fierté de notre pays. Avec vous et avec toutes personnalités et les personnes anonymes présentes dans cette salle, je voudrais regarder cette activité sous plusieurs angles.
Sous l’angle de la célébration de l’excellence, vous mettez à l’honneur cette année, une autrice de grand talent, Mme Tanella BONI, Professeur Emérite de philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny, une voie féminine majeure de la littérature ivoirienne et africaine dont les poèmes et essais philosophiques portent notamment sur la manière dont les femmes et les hommes peuvent vivre
«en humains» et conserver leur dignité face à la violence.
Veuillez accepter Madame le Professeur, mes hommages déférents et mes félicitations pour le choix de votre personne et de ce que vous représentez dans l’intelligentsia ivoirienne
Sous l’angle de nos liens avec les autres peuples d’Afrique et leur littérature, vous avez « convoqué » le Congo Brazzaville, une terre de poètes, romanciers, historiens, linguistes, nouvellistes que les jeunes générations doivent impérativement fréquenter pour la qualité de leurs œuvres et leur incontestable apport à la connaissance de l’âme africaine. Il me plait de citer parmi tant d’autres, Henri Lopès, Théophile Obenga, Tchicaya U Tam’si, Sony Tabou Lansi, Alain Mabanckou et Flore Hazoumé, la plus ivoirienne des auteurs Congolais.
AKWABA à la délégation congolaise ici présente dans toutes ses composantes.
Sous l’angle culturel et anthropologique, vous avez convié la grande et riche Région du Gontougo à honorer de sa présence cette manifestation culturelle qui célèbre le livre. L’Institution que j’ai l’honneur de présider représente les Régions de Côte d’Ivoire et reste sensible à l’association de celles-ci aux grands enjeux et débats nationaux.
Chers frères et sœurs du Gontougo, je vous salue au nom du Sénat dans la diversité qui caractérise cette terre de rencontre du nord-est de notre pays
Le dernier angle sous lequel je veux examiner la belle cérémonie de ce jour est celle de l’économie.
Si le livre est un bien culturel, il est aussi le cœur d’un écosystème qui génère une partie de la richesse nationale. Les pouvoirs publics ont une vision objective de la tension qui existe entre le rôle central des livres comme vecteurs et expression d’une culture et leur nature de produits industriels fabriqués et distribués par des sociétés commerciales.
C’est pour réduire cette tension et organiser les modes d’intervention de la puissance publique dans ce champ particulier de l’activité sociale qu’a été voté la loi n°2015-540 du 20 juillet 2015 relative à l’industrie du livre qui professionnalise la chaîne du livre et son financement. Cette prise en compte de l’importance du livre au plan économique transparait également dans le PND 2021-2025.
Conformément à sa vision de l’économie, c’est au secteur privé que l’Etat réserve prioritairement l’exploitation de ce champ d’activités puisqu’il limite son intervention à la mise en place d’infrastructures (bibliothèques publiques) ou à des actions purement législative ou règlementaire.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Sur ce même espace culturel, le succès des autres formes de loisirs (arts culinaires, musique, comédie) en concurrence avec le livre nous interpelle tous.
Comment créer les conditions d’appel du grand public vers le livre quand le numérique promeut un univers d’immédiateté, de superficialité qui rend l’utilisation des livres inutile aux yeux principalement des nouvelles générations ? Comment sortir du compagnonnage quotidien avec la télévision et le téléphone portable favorisé par la tradition communautaire fortement ancrée dans notre culture ?
Le SILA est une partie de la réponse à la question posée. Mais pour amplifier son succès, il lui faut de mon point de vue s’associer plus étroitement avec des acteurs importants des secteurs du commerce, de l’industrie et de la communication qui jouent un rôle important dans le succès des festivals des arts culinaire et musical.
A ce titre, je me réjouis de la création du Prix Orange du livre en Afrique qui épouse cette idée d’interaction entre le monde de la culture et de la communication.
Les animateurs du SILA doivent également réfléchir à des axes de sensibilisation des élus locaux sur l’importance de la lecture publique et sur des plaidoyers en faveur de la mise en place de bibliothèques municipales ou régionales et pourquoi pas villageoises.
Le Sénat reste ouvert à la réflexion avec les acteurs du monde culturel sur les modes d’approche et d’intéressement des élus locaux à la question de la promotion du livre dans notre pays
Le dernier axe de réflexion et d’action est celui de l’ouverture en direction des lycées, écoles et universités de notre pays. La tournée des établissements scolaires et universitaires pour faire la promotion du livre est l’un des moyens aux mains des éditeurs, des auteurs et des libraires pour inciter à la lecture.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Permettez-moi d’exprimer un souhait en guise de conclusion de mon intervention devant vous ce jour.
Que dans les cinq années qui viennent, l’engouement autour du livre sur cet espace ou en tout autre lieu soit plus fort que celui autour des festivals des arts culinaires de la musique et du rire.
Faisons ensemble le rêve d’une population et surtout d’une jeunesse tournée prioritairement vers les œuvres de l’esprit, vers l’acquisition à travers le livre de connaissances et de compétences en ayant à l’esprit ce proverbe chinois :
« Le savoir que l’on ne complète pas chaque jour diminue ».
Je vous remercie
POUVOIRS MAGAZINE

