La CEI lance la distribution nationale des cartes d’électeurs. Mais derrière ce rituel électoral, se cache une démocratie amputée d’opposants.
La participation est exigée, les voix sont comptées, mais les choix ont été nettoyés avant même d’ouvrir les urnes.
La Commission électorale indépendante annonce froidement la grande messe administrative : 11 835 lieux mobilisés pour remettre des cartes sans espoir.
Du 11 au 20 octobre, les électeurs devront venir chercher leur pouvoir citoyen, même si on a mutilé l’offre politique.
Cette opération logistique est pilotée avec zèle par Coulibaly-Kuibiert, le grand ordonnateur d’un scrutin déjà orphelin de ses plus grands rivaux.
La date a été balancée le 3 octobre à Yamoussoukro, devant un corps préfectoral devenu sentinelle du processus électoral verrouillé.
Pendant dix jours, la République invite ses citoyens à se ruer vers des bureaux soigneusement surveillés pour récupérer leur carte officielle.
Mais dans ce théâtre électoral, le décor est bien monté : les bulletins seront présents, les alternatives politiques beaucoup moins.
Le 10 octobre, à minuit, s’ouvrira une campagne où certains prétendants sont absents sans débat, sans combat, sans vote.
Elle s’achèvera le 23 octobre à minuit, laissant juste le temps d’un simulacre de confrontation entre candidats sous contrôle.
Le 25 octobre, les urnes s’ouvriront pour choisir entre ceux qu’on a bien voulu laisser franchir la ligne de départ.
Parmi eux, Alassane Ouattara, déjà trois mandats dans les poches, visera un quatrième.
Face à lui, des opposants affaiblis : Ahoua Don Mello, Jean-Louis Billon, Henriette Lagou et Simone Gbagbo, tous dispersés, divisés, surveillés.
La CEI appelle les électeurs à se mobiliser massivement, sans jamais évoquer les grands absents de cette compétition.
On exige la participation populaire comme preuve de légitimité. Mais on oublie de garantir la diversité réelle des choix offerts au peuple.
Le retrait de carte devient alors un acte presque symbolique : voter, oui, mais pour quoi ? Pour qui ? Et surtout, pourquoi ?
Sous les tentes et dans les écoles, les agents de la CEI distribueront des cartes comme s’ils distribuaient des illusions sous cellophane.
Le peuple fera la queue pour valider un processus électoral.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

