Pour avoir affiché son soutien à des prisonniers d’opinion, Moussa Mara risque deux ans de prison. Le verdict tombera le 27 octobre.
Une affaire symptomatique d’un régime qui, au fil des mois, muselle la critique. Dissout les partis et piétine les promesses de retour à la démocratie. Deux publications sur les réseaux sociaux. Deux messages de soutien à des prisonniers politiques.
Et pour cela, le parquet a requis vingt-quatre mois d’emprisonnement.
Un post, un crime politique ?
Le 4 juillet, sur X (ex-Twitter), l’ex-premier ministre du Mali écrit :
« Solidarité indéfectible avec les détenus d’opinion. Je les visite régulièrement pour leur signifier ma solidarité. »
Et d’ajouter :
« Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître ! »
Ce soutien, moral et symbolique, devient alors la preuve d’ »atteinte à la crédibilité de l’État » et d’ »opposition à l’autorité légitime ».
Dans un pays que gouverne une junte issue de deux coups d’État, même la critique qu’on mesure, ressemble à la subversion.
Quand la démocratie devient un délit
On a rejeté la demande de liberté provisoire de Moussa Mara en prison depuis le 1er août. Le politique avait brièvement dirigé le gouvernement malien entre 2014 et 2015.
Les débats sont clos. Le réquisitoire est lourd. Le jugement sera rendu le 27 octobre.
Son avocat, Me Mountaga Tall, plaide la sagesse :
« Nous nous remettons à la cour pour ne pas suivre les réquisitions du parquet. »
Mais dans un contexte où les contre-pouvoirs sont dissous et les voix dissonantes réduites au silence, l’espoir est mince.
Le Mali, entre promesses trahies et répression assumée
Depuis deux putschs en 2020 et 2021, la junte militaire malienne s’est progressivement affranchie de ses engagements envers le peuple.
Le général Assimi Goïta, initialement désigné pour une transition de 18 mois, s’est vu octroyer un mandat présidentiel de cinq ans. Renouvelable à l’infini, sans élection.
On a dissout les partis politiques, réduit les médias au silence, traqué les opposants.
On considère les institutions démocratiques désormais comme des obstacles à la « stabilité ».
Un procès qui en dit long
Le cas de Moussa Mara n’est pas rare. Il est emblématique et illustre le durcissement autoritaire du régime.
Il confirme que la simple défense des libertés peut vous conduire en prison.
Dans un pays que mine l’insécurité persistante, la crise économique et les tensions communautaires, les droits civiques deviennent la nouvelle ligne rouge.
On encourage le silence.
On criminalise la parole.
Prochain rendez-vous : le 27 octobre
Ce jour-là, la justice malienne dira si exprimer une opinion humaniste peut valoir deux ans de prison.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

