Dans une nouvelle stratégie, des groupes armés liés à Al-Qaida ciblent les entreprises étrangères, principalement chinoises, menaçant les investissements au Mali.
Depuis plusieurs semaines, des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaida, notamment le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), ont intensifié leurs actions contre des installations industrielles étrangères au Mali. Ce mouvement, opposé à la junte militaire au pouvoir à Bamako, cherche à perturber l’économie pour affaiblir l’État central.
Ces assauts, concentrés en grande partie sur des infrastructures détenues par des entreprises chinoises, visent à imposer des « taxes de protection » et à miner la crédibilité du régime malien. Selon l’American Enterprise Institute, on a répertorié sept attaques dont six contre des intérêts chinois.
« Les entreprises étrangères sont prises pour cibles, non avec hostilité envers leur nationalité, mais pour toucher l’économie nationale », précise Bakary Sambe, du Timbuktu Institute, basé à Dakar. Kayes, principale région aurifère et point de passage stratégique vers le Sénégal, est devenue une zone de tension extrême.
En août, on a mené des attaques pour la première fois dans le centre du Mali. Notamment près de Ségou, contre des usines sucrières chinoises. D’autres sites, comme une mine de lithium qu’opère des Britanniques à Bougouni, sont victimes d’attaques. Causant la mort d’un garde.
Outre les dégâts matériels, ces violences ont un coût humain élevé.
On aurait enlevé pas moins de onze ressortissants chinois selon Liam Karr, analyste à l’AEI, bien que la Chine n’ait pas confirmé ce chiffre. On a aussi kidnappé trois citoyens indiens en juillet.
Début septembre, le GSIM a instauré un blocus dans les régions de Kayes et Nioro-du-Sahel. Tentant d’empêcher l’acheminement de carburants. Notamment en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. On a menacé des transporteurs de représailles s’ils poursuivaient leurs livraisons.
Un rapport de l’ONU publié en juillet décrit le GSIM comme la principale menace dans la région du Sahel. Son ambition : établir un émirat islamique, mettre en échec les régimes militaires, et imposer la charia sur les territoires qu’il contrôle.
Les tensions interviennent dans un contexte où le gouvernement malien cherche à reprendre le contrôle de ses ressources naturelles. La junte a notamment exigé des centaines de millions de dollars à Barrick Mining, géant canadien de l’or, pour des impôts impayés.
La Chine, partenaire économique clé du Mali avec 1,6 milliard de dollars d’investissements privés en quinze ans, s’inquiète de cette insécurité croissante. Pékin collabore activement avec Bamako pour la sécurité de ses ressortissants, tout en poursuivant ses projets de développement.
Ce climat de violence menace de fragiliser les relations économiques du Mali avec ses partenaires, notamment la Chine, dont la stabilité est essentielle aux investissements. Pendant ce temps, la Russie, par le biais du groupe paramilitaire Africa Corps (anciennement Wagner), continue d’étendre son influence dans le pays.
FATEM CAMARA
photo:dr
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