Ce 17 septembre, la Côte d’Ivoire se souvient de l’abbé Pango. Prêtre, musicien, pédagogue, il aurait eu 99 ans. Héritier de la foi et génie de l’harmonie, il demeure l’un des plus grands bâtisseurs de la musique sacrée ivoirienne.
Né à Dabou le 17 septembre 1926, il fut le cinquième enfant d’un couple exemplaire, modeste et profondément croyant.
Son père venait du Congo, sa mère d’Assinie ; ils lui transmirent rigueur, piété, discipline, mais surtout une intense musicalité.
Très tôt, Pierre Michel Pango suivit la voie du sacerdoce, porté par sa foi et son oreille sensible au divin.
Ses études le menèrent de Bingerville à Ouidah, où il acquit les fondations solides de la théologie et de l’art.

Ordonné prêtre le 6 juin 1957, il devient le premier abbé N’Zima issu de la paroisse Sainte Jeanne d’Arc.
Il officie à Dabou, Anono, Attécoubé, Adiaké, et partout, il plante les graines d’un art sacré résolument ivoirien.
Il fonde Vox Magna, l’EVACCI, Vox Mania : des ensembles vocaux majeurs pour l’expression d’une foi enracinée et chantée.
Musicien, pédagogue, professeur à l’INA et au séminaire, il forme des générations entières à la beauté et à l’exigence.
Il compose des psaumes, des antiennes, des cantiques, des hymnes – dont « l’Abidjanaise« , devenu l’hymne national de la Côte d’Ivoire.
Sa « Messe des Lagunes », en 1960, introduit pour la première fois les instruments africains dans la liturgie catholique ivoirienne.
Avec elle, l’abbé Pango devient le pionnier de l’inculturation musicale : allier tradition africaine et exigence liturgique occidentale.
Ses partitions révèlent une écriture claire, harmonieuse, à quatre voix, accessible mais toujours d’une rigueur profondément musicale.
Son recueil « Louanges Divines » est aujourd’hui encore une référence dans les séminaires et les paroisses du pays tout entier.
Chef de chœur bouillonnant, il transforma la chorale du petit séminaire de Bingerville en véritable institution nationale du chant sacré.
Les concerts de Noël, dirigés par lui, faisaient salle comble ; les voix lyriques résonnaient sous ses gestes précis et passionnés.
Il arrangea magnifiquement les Noëls anciens : « Dors ma colombe », « La douce Vierge », « La nuit », ou encore « En l’air pur ».
Parmi ses choristes de talent : Mobio, Koutouan, Aboke – tous devinrent les apôtres de son génie musical et liturgique.
Son amour du sport, notamment à la Jeanne d’Arc, montrait un homme équilibré, complet, soucieux du corps et de l’esprit.
Aujourd’hui, la Fondation Pango et Vox Magna œuvrent à raviver son héritage, et à transmettre sa vision aux nouvelles générations.
À l’approche de son centenaire, la Côte d’Ivoire gagnerait à redécouvrir cette figure d’excellence, de foi et d’engagement profond.
Que résonne aujourd’hui encore sa musique, comme une prière qui ne finit pas, portée par l’écho de nos voix reconnaissantes.
HARON LESLIE
photos: Dr
POUVOIRS MAGAZINE

