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Ini Doli écrivait sur Facebook. Elle dénonçait les abus. Dans la nuit, on l’a enlevée. Aujourd’hui, elle a disparu.

Une porte forcée. Une nuit sans témoin. Des hommes armés. Aucun mandat. Une avocate enlevée, chez elle, en silence.
Ini Benjamine Esther Doli. Juriste. Voix libre. Critique du régime. Elle écrivait ce que d’autres n’osaient même plus penser tout haut.
Elle dénonçait les détentions arbitraires, les tortures, l’autoritarisme. Parlait des oubliés, des voix étouffées, des morts sans sépulture.
Le régime du capitaine Ibrahim Traoré n’a pas supporté. Pas ces mots. Cette audace. Pas une femme seule contre lui.


Sur Facebook, elle disait : « Nous ne sommes pas en sécurité. » Elle accusait, nommait, exposait la vérité, nue.
Elle écrivait depuis l’étranger. Mais le jour de son retour, elle savait. Elle savait qu’on viendrait. Ignorait qu’on briserait sa porte.
Des gendarmes, disaient-ils. Pas d’uniforme. Pas d’ordre judiciaire. Une interpellation brutale, opaque, sans témoin. Et depuis, plus rien.
Le bâtonnier a parlé. Il exige sa libération. Mais ses mots tombent dans un vide que la peur rend étanche.
Le procureur parle de « trahison », « outrage au chef de l’État », « démoralisation de l’armée ». Des crimes pour punir la pensée.


Elle avait écrit à Poutine. Pour qu’il parle aux autorités burkinabè.

Pour qu’il demande la fin des détentions arbitraires.
Une lettre ouverte, un appel lancé depuis la colère. L’histoire lui répond aujourd’hui par la disparition, la menace, le silence.
Au Burkina Faso, les prisons sont parfois invisibles. Ce sont des maisons sans fenêtres. Des trous, des caves. Des zones sans nom.
Les voix dissidentes s’y perdent. Journalistes, soldats, militants. Parfois même des enfants. On ne les retrouve pas. Ou trop tard.


Depuis 2022, Ibrahim Traoré mène ce qu’il appelle une « révolution populaire ». 
La sécurité, il en a fait sa priorité. Mais les djihadistes continuent de frapper. Alors le régime frappe ailleurs : les citoyens.
Doli n’est pas la première. Elle ne sera pas la dernière. Son arrestation est un signal. Un avertissement aux autres.


Parler, c’est risquer. Écrire, c’est défier. Militer, c’est se mettre en joue. Et parfois disparaître dans la nuit, sans explication.
Les armes ne suffisent plus. La peur, elle, gouverne. C’est elle qui dicte la loi, pas la Constitution.
Dans ce pays, on peut être juriste, et disparaître pour avoir dénoncé l’injustice. Voilà la vraie trahison.

FATEM CAMARA (stagiaire) & ETHAN GNOGBO

photo:dr

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