Ce système, lancé en 2011, était censé renforcer la sécurité routière. Aujourd’hui, il est dénoncé comme opaque, punitif, et potentiellement injuste. Il est temps que la République assume ses responsabilités.
Le droit routier avant tout : existe-t-il vraiment sous sa forme lisible pour les citoyens ?
Avant de juger la pertinence du dispositif, commençons par l’essentiel : quel est l’état réel du droit routier en Côte d’Ivoire ? Existe-t-il un corpus réglementaire accessible, enseigné, appliqué équitablement ? Si l’on en croit les citoyens, la réponse est non.
Le code de la route reste méconnu, faute de campagnes d’information, de sensibilisation dans les auto‑écoles, et de signalisation visible. « Verbaliser sans pédagogie, c’est punir sans justice. »
Des sanctions financières démesurées, déconnectées de la réalité
Aujourd’hui, la technique devient cauchemar : infractions notifiées des années après, amendes allant jusqu’à un million de francs CFA, véhicules gardés…
« On m’a sommé de payer une infraction de 200 000 F commise deux ans plus tôt. Aucune alerte. Sinon, mon véhicule était confisqué. »
— S.B., automobiliste
Dans un État de droit, la sanction doit être immédiate, compréhensible, et surtout précédée d’une information. Ce n’est visiblement plus le cas.
Passage à tabac du droit à l’information
L’un des principes fondamentaux d’une politique publique crédible, c’est la transparence.
Mais rien n’avertit les usagers : ni signalisation de radars, ni communication nationale, ni rappel des sanctions à venir.
Là où la prévention devrait primer, c’est la surprise punitive qui règne.
SMS de notification : fantôme ou instrument de manipulation ?
Quand le dispositif a été lancé, un SMS d’alerte était prévu à chaque infraction. Aujourd’hui, cela ressemble à une menace sans preuve.
Les questions que tout citoyen devrait pouvoir poser restent sans réponse :
- Le service est-il effectivement opérationnel ?
- Est-il universel ?
- Que faire si l’alerte n’arrive jamais et qu’on vous verbalise ?

Quipux, opacité, et questionnements sur la gestion
Derrière le système, Quipux Afrique, société privée mandatée par l’État. Mais sur le contrat :
- Quels sont les revenus réellement générés ?
- Quelles primes sont versées ?
- Quels objectifs sont fixés ?
Aucun document disponible. Aucune transparence. À ce régime, la suspicion devient l’évidence.
Harcèlement institutionnel ou contrôle légitime ?
Sur le terrain, certains usagers racontent des méthodes abusives :
- « Payez tout de suite ou on immobilise votre véhicule. »
- « Vous avez plusieurs infractions ? Peu importe. Payez maintenant. »
Au-delà de la verbalisation, c’est une pression sans recours, un usage abusif de la force coercitive.
Parlement et associations : l’inaction serait-elle de la complicité ?
Le silence de ceux qui devraient défendre le droit est édifiant. Parlementaires et associations ont aujourd’hui un devoir de réagir.
Ils doivent exiger :
- Une enquête parlementaire sur le dispositif,
- La publication du contrat Quipux-État,
- Une réforme législative pour protéger les usagers.
Le ministère des Transports : a-t-il tenu ses promesses ?
La transparence, la légalité, la lutte contre la corruption étaient les promesses d’origine. Mais aujourd’hui :
- Le ministère a-t-il évalué le dispositif ?
- Si oui, pourquoi aucun rapport n’est accessible ?
- Sinon, pourquoi tolérer ce degré d’opacité ?
Réparer le système avant qu’il ne soit irréparable
La vidéo-verbalisation n’est pas intrinsèquement mauvaise. Elle peut protéger. Mais sans cadre clair, éthique et explicité, elle devient :
- Un piège financier,
- Un outil de coercition,
- Un facteur de rupture sociale majeure.
La rupture de confiance est le réel drame
Le danger n’est pas l’erreur technique, mais la fracture entre l’usager et l’État.
Lorsque le citoyen ne se sent ni écouté, ni protégé, mais injustement pris… il réagit. Ce n’est pas contre la loi, c’est contre l’arbitraire.
Moderniser, oui. Assurer, oui. Punir à l’aveugle, non. Il est urgent de remettre le citoyen au cœur des décisions.
Aux parlementaires : l’inaction est déjà une réponse
Votre devoir est clair. Laisser faire signifierait cautionner un système injuste, coercitif, et potentiellement illégal. La réalisation d’une commission d’enquête n’est plus une option — c’est une nécessité politique et morale.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

