Frais d’agence : un racket légalisé

4 semaines

Almany Facine Sylla signe cette chronique pour dénoncer une escroquerie quotidienne dans l’immobilier.

Faire supporter au locataire le coût des agences mandatées par les propriétaires. Justice et bon sens réclament un changement immédiat.

Il est des injustices si bien installées dans nos usages qu’elles finissent par passer pour des normes. L’une des plus indécentes prospère aujourd’hui au cœur de l’immobilier locatif : le racket légalement toléré des locataires, sous couvert de « pratiques du marché ».

Ne tournons pas autour du pot et osons nous regarder en face. Il s’agit d’une escroquerie à visage découvert, exercée sans honte, sans crainte et souvent avec l’arrogance tranquille de ceux qui savent que personne ne viendra les inquiéter.

« Ça ne va pas quelque part ! » s’exclame-t-on chez nous, et à juste titre.

Exiger deux mois de caution et deux mois d’avance est un usage discutable mais connu. Imposer, en revanche, au locataire un mois de loyer supplémentaire pour payer une agence avec laquelle il n’a jamais contracté ? Là commence l’abus, la prédation organisée.

La mécanique est simple, bien huilée et implacable : un propriétaire mandate une agence.

Il bénéficie seul du service de celle-ci — publicité du bien, sélection des clients, sécurisation de la transaction — et, par un tour de passe-passe moralement douteux et juridiquement bancal, la facture est transférée au locataire, tiers absolu au contrat.

Celui-ci n’a rien demandé, rien négocié, rien agréé ni signé, et il est pourtant « sommé » de payer. Il n’a aucun choix.

C’est cela, la supercherie.


Pire encore, cette pratique est défendue, théorisée, rationalisée par des discours creux sur « l’habitude du marché » ou « la rareté des biens ». Autant de mots destinés à gruger le locataire et masquer une vérité nue : le plus fort fait payer le plus faible.

Propriétaires, agents immobiliers, il faut vous le dire sans détour : cette pratique ne vous honore pas. Vous externalisez vos charges sur des ménages déjà étranglés par le coût de la vie. Puis vous transformez le droit fondamental au logement en parcours d’humiliation financière. En vous abritant derrière une prétendue tradition pour dissimuler ce qui relève, en réalité, d’une lâcheté morale et d’une infraction juridique.

Le droit est pourtant clair : celui qui mandate paie !

Nulle part la loi n’impose au locataire de rémunérer une agence qu’il n’a pas choisie, avec laquelle il n’est lié par aucun contrat. D’un point de vue juridique, cette exigence est aberrante.

D’un point de vue éthique, elle est inacceptable.

Et d’un point de vue social, elle est explosive : cette dérive raréfie l’accès au logement, alimente la spéculation, gonfle artificiellement les loyers et prépare, à court ou moyen terme, un krach immobilier aux conséquences sociales désastreuses. À force de cupidité, d’impunité et de silence complice, on scie la branche sur laquelle tout le monde est assis.

Notre interpellation s’adresse donc à tous :

– aux agents immobiliers, pour qu’ils se fassent payer par leurs véritables clients et mandants ;
– aux propriétaires, pour qu’ils assument le coût de leurs choix ;
autorités publiques, pour qu’elles cessent leur torpeur complaisante ;
– aux députés, et à la nouvelle assemblée majoritaire, pour qu’ils clarifient et renforcent la loi afin qu’elle soit appliquée sans complaisance. Même pour moitié, comme le prévoit l’article 6 du règlement sur la location immobilière, il est inadmissible de faire payer au locataire un service qu’il n’a pas sollicité. Simple question de bon sens.

Un État qui tolère que le logement devienne un champ de rapine abdique une part de sa responsabilité sociale.
Assainir ce secteur n’est pas une option, mais une urgence économique, sociale et morale, avant que tout ne s’effondre. Le logement ne doit pas être un piège, le locataire une vache à traire, ni la loi un simple décor. Que chacun paie ce qu’il doit et que cesse enfin cette escroquerie maquillée en tradition.

ALMANY FACINE SYLLA

photo:dr

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