10 ans de Cojep. Blé Goudé, l’absent omniprésent : quand l’exclusion devient stratégie

8 mois

Alors que la présidentielle ivoirienne de 2025 approche, Charles Blé Goudé brille par son absence sur la liste des candidats.

Pourtant, à travers le dixième anniversaire de son parti, le Cojep, c’est bien sa volonté de gouverner le pays qui s’affirme.

C’est un anniversaire qui résonne comme un manifeste. Les dix ans du Cojep, célébrés avec éclat à Abidjan puis à Yamoussoukro, n’ont pas simplement été une commémoration partisane. Ce fut une démonstration de force politique, un message codé à la nation et aux sphères du pouvoir. Charles Blé Goudé, président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples, a profité de la scène pour repositionner son discours, malgré une absence de taille : la sienne sur la liste officielle des candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2025.

Une exclusion qui interroge

Blé Goudé, rentré au pays en novembre 2022 après des années de procès et d’exil, nourrit une ambition politique assumée. Or, à ce jour, son nom ne figure pas parmi les candidats retenus pour l’échéance électorale. Officiellement, rien n’a filtré sur les raisons de cette mise à l’écart. Mais dans les cercles proches du pouvoir comme de l’opposition, cette absence est tout sauf anodine.

Il s’agit, selon plusieurs analystes, d’une manière de contenir une figure qui dérange l’ordre politique établi : trop imprévisible pour le camp présidentiel, trop indépendant pour l’entourage de Laurent Gbagbo.

Le divorce silencieux avec Gbagbo

Autrefois perçus comme un tandem indissociable, Gbagbo et Blé Goudé incarnent aujourd’hui deux lignes politiques divergentes. Le premier, fatigué par le poids des années et une stratégie de retour au pouvoir qui passe par les alliances classiques, semble peu enclin à partager la scène avec son ancien lieutenant.

Blé Goudé, de son côté, ne cache plus ses désaccords. En creux de ses discours se lit une volonté de rupture avec l’ordre ancien, y compris celui de la galaxie patriotique. Il ne veut pas seulement faire partie du jeu ; il veut en redéfinir les règles. En cela, sa posture s’oppose à celle de Gbagbo, resté attaché à une vision plus figée de la politique ivoirienne.

Volonté de gouverner, coûte que coûte

Malgré les entraves, Blé Goudé ne cesse de réaffirmer son engagement pour un leadership national. En mobilisant autour des thèmes du panafricanisme, de la solidarité entre peuples et de la valorisation culturelle, il esquisse une vision ambitieuse pour l’Afrique et la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas seulement un discours idéologique : c’est une stratégie de contournement de l’invisibilisation politique.

À défaut d’être candidat, il pourrait jouer les faiseurs de roi. À Yamoussoukro, il a laissé entendre qu’un appel clair pourrait être lancé en faveur d’un candidat. Mais là encore, sa logique semble différer de celle de Gbagbo : il ne s’agit pas de se rallier au plus offrant, mais de peser pour faire émerger une troisième voie, moins polarisée, plus moderne, plus panafricaine.

Et maintenant ?

Le futur politique de Blé Goudé est incertain mais loin d’être éteint. Son exclusion actuelle pourrait bien renforcer sa posture de leader marginalisé, donc libre. En politique, l’absence peut devenir présence, et le silence, une stratégie.

Il ne sera peut-être pas sur le bulletin de vote, mais sa voix comptera. Et dans un contexte électoral tendu, elle pourrait même faire basculer le rapport de force. Le pari de Blé Goudé ? Se rendre incontournable sans être officiellement désigné.

FATEM CAMARA (stagiaire)

photo:dr

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