Elle est née un 31 décembre. Comme un feu d’artifice lancé sur la fin d’un monde et le début d’un autre. Sapia, village de la poussière et des racines. Elle en est la fille, de sang, d’histoire, de courage.
Fille du fondateur de l’unité du village. Ce n’est pas un détail. C’est une mission gravée dans le sol.
Elle s’appelle Pauline. Mais ici, on dit Super. Et pas pour rien. Ce n’est pas juste un surnom. C’est un titre.
Elle vendait de tout. Kita. Vivriers. « Logo djougou ». Rien ne lui échappait. Le commerce comme seconde peau.
L’agriculture ? Elle y allait avec les mains. Sans diplôme, sans machine, mais avec la méthode des anciens et la force des femmes.
Toujours droite. Toujours digne. Même sans fortune, elle portait la correction comme on porte une écharpe en soie.
Des enfants, elle en avait. De sang. D’adoption. De cœur. Des enfants attirés par sa lumière, restés pour sa chaleur.
Elle enseignait le partage. Pas avec des mots, mais avec ses gestes. Ses casseroles toujours pleines, ses bras toujours ouverts.
Julien Zunon Gnogbo, professeur d’histoire à Normal sup de Cocody et frère de sang et de combat, voit en elle plus qu’une sœur. Il lui donne ce nom : Super.
Super comme le carburant. Le vrai. Celui qui fait avancer une chapelle politique, une idée, un destin collectif.
Super aussi dans le style. Svelte. Élégante. Impeccable. Delà le mètre 80, Sa silhouette frappait. Sa présence imposait. Sa joie irradiait.
Elle entre au FPI. Pas comme figurante. Comme actrice. Engagée. Convaincue. Militante jusqu’au sommet : fédérale.
On l’appelle « maman Gbagbo ». Un titre d’honneur dans une génération de femmes qui ont tenu le flambeau sans trembler.
Laurent Gbagbo lui rendra hommage. Elle était là, depuis le début. Dans les meetings, les veillées, les silences et les cris.
Georges Brassens l’a dit mieux que quiconque :
« Les morts sont tous des braves types. Dès qu’ils sont plus là, on leur fait des statues. »
Mais Pauline n’a pas attendu la mort pour être respectée. Elle l’était de son vivant. À voix basse, à voix haute.
Le 2 août 2025, son cœur a lâché. En cardiologie, à Treichville. 81 ans d’intensité, de combats, de sourires.
Son départ ne laisse pas un vide. Il laisse une empreinte. Une ligne droite dans un monde qui efface tout. Une famille qui va souvent de travers. Pour rien. Une communauté qui croit en l’affrontement, au mal.
Le 29 août, levée de corps. Veillée à Sapia.
Là où tout a commencé. Là où tout recommence.
Le 30 août, elle repose. À la terre, elle revient. Mais Super, elle le reste. Dans les chants, les mémoires, les ruelles.
Et ce soir, vendredi 22 août, la jeunesse de Yopougon, École 5, lui rend hommage. Toute la nuit. Jusqu’à l’aube.
Son fils mène l’initiative. Parce qu’on ne laisse pas partir une femme comme elle dans le silence.
Elle n’avait peut-être pas de millions. Mais elle avait mieux. L’intelligence du cœur. Le respect du nom. Le sens du devoir: Offrir une parcelle de terre par exemple par gratitude.
Super Pauline, ta route ne s’arrête pas.
Tu passes le relais.
Et ceux qui peuvent, ta brillante fille de Laurier faite par exemple, courent derrière.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

