Le procès par contumace de Joseph Kabila devant la Haute Cour militaire marque un tournant inédit dans l’histoire institutionnelle de la RDC.
Pour la première fois, on a accusé un ancien président publiquement de « trahison ». De « collusion avec une rébellion » et de « crimes contre l’humanité ». La justice militaire y voit un acte de purification républicaine. Pourtant, sous cette façade juridique se joue une bataille éminemment politique.
Joseph Kabila n’est pas un homme ordinaire. Il est l’héritier d’un pouvoir forgé dans la guerre. Arrivé à la tête de l’État en 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Pendant 18 ans, il a structuré une gouvernance centralisée, militarisée. Avec la défiance envers les institutions indépendantes. Le juger, c’est toucher aux fondations du système politique congolais post-Mobutu.
Mais ce procès intervient dans un moment hautement stratégique.
Le régime Tshisekedi, confronté à la guerre dans l’Est, à la montée du M23, et à la pression internationale, y trouve une opportunité. C’est de déplacer le débat de l’échec sécuritaire vers la désignation d’un coupable historique. Le procès devient ainsi un outil de reconfiguration du récit national.
Le recours à la justice militaire, l’effacement de la présomption d’innocence. Et les attaques sur l’identité de Kabila traduisent une judiciarisation du conflit politique. Ce glissement n’est pas propre à la RDC : il renvoie aux logiques de régimes hybrides où l’État de droit reste malléable.
Comme l’a dit Cheikh Anta Diop, « une nation ne se construit pas sur l’oubli, mais sur la justice et la mémoire assumée ». Encore faut-il que cette justice soit équitable, indépendante, et orientée vers la réconciliation, non la revanche.
Le verdict attendu dira autant sur Kabila que sur l’état démocratique du Congo lui-même.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

