3 000 morts, 67 corps, 14 ans de silence — et maintenant ?

9 mois

Quatorze ans après la crise post-électorale qui a déchiré la Côte d’Ivoire, l’État restitue enfin 67 corps identifiés. Funérailles tardives, silences prolongés, douleurs toujours vives.

Derrière les cérémonies officielles, des familles réclament encore des noms, des vérités, des restes. Tout n’a pas été rendu. Tout n’a pas été dit.

On les avait tués. Oubliés. Identifiés. Ils ont été rendus. Mais pas tous.

Des cercueils anonymes qu’on rend aux familles, des années plus tard, comme s’il fallait clore une parenthèse honteuse.

Guiglo, ouest du pays, forum pour la paix, ministre en poste : « la restitution est terminée »

Duékoué, mai 2025 : six corps rendus. Des mères pleurent sans certitude que c’est bien leur fils sous le drap blanc.

Ce n’est pas juste, ce n’est pas normal pour certains qui cherchent encore leurs frère, disparus en 2011.

Abidjan, juin dernier : funérailles collectives. Des corps dans des cercueils alignés. 14 rendus. 53 autres rendus dans l’Ouest.

Une crise, une guerre électorale, deux présidents, une nation fracturée. Trois mille morts. Pas tous retrouvés. Pas tous identifiés.

On a emmené les corps. Certains dans des fosses, d’autres dans des morgues.

Certains jamais revenus. D’autres, restés sans nom.

L’élection de 2010 avait allumé le feu. Gbagbo refusait la défaite. Ouattara prenait le pouvoir. L’armée tirait dans les rues.

Pendant qu’on annonçait des forums pour la paix, des os dormaient encore sous la terre, sans date, sans honneur, sans nom.

On a posé des mémoriaux. À Duékoué, Abobo, Yopougon. Des stèles sur des fosses. Comme si cela suffisait vraiment.

Le processus a commencé en 2013. Il a pris plus de dix ans. Il s’achève maintenant, selon les autorités.

Mais Léonard Kei, président d’une organisation de victimes, affirme que certaines familles attendent toujours. Rien n’est achevé.

« Ils ont dit qu’il n’y avait plus de corps à rendre, mais nous savons que certains ne sont jamais revenus. »

La Côte d’Ivoire veut tourner la page. Le sang séché colle les pages. L’oubli imposé, la douleur figée.

Les bulletins de vote reviennent bientôt. 25 octobre, présidentielle.

On enterre les morts pendant qu’on prépare les urnes. Une histoire finit, une autre commence. Mais entre elles, aucun pont.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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