Ce 10 août 2025, le général de corps d’armée à la retraite Michel Gondi Gueu fête ses 74 ans.
Figure connue du paysage politico-militaire ivoirien, son parcours, bien que remarquable à certains égards, reste marqué de zones d’ombre, de choix ambigus et des positions qui n’ont pas toujours fait l’unanimité.
Né en 1951 à Bingerville, originaire de l’Ouest ivoirien et issu du peuple Dan Yacouba, Michel Gueu sort de l’École des forces armées de Bouaké en 1977. Officier de terrain respecté, il gravit les échelons militaires jusqu’à devenir commandant de la Garde Républicaine à la fin des années 1990. À ce stade, son parcours est celui d’un officier loyal à l’État.
Mais c’est en 2002, lors de la rébellion armée du MPCI, que le nom de Gueu entre réellement dans la mémoire collective. Alors en poste à Bouaké, il tente brièvement de résister avant d’être fait prisonnier. Il deviendra ensuite l’un des premiers officiers supérieurs à rallier les insurgés – un virage qui, jusqu’à aujourd’hui, soulève des questions sur ses motivations réelles. Opportunisme, survie, conviction ? Les avis restent partagés.
Sa participation aux accords de paix, notamment ceux de Linas-Marcoussis, et son rôle dans l’unification de l’armée après l’accord de Ouagadougou, montrent une certaine capacité à négocier et à recomposer.
Pourtant, pour beaucoup, cette image de médiateur ne fait pas oublier son silence face aux exactions commises pendant et après la rébellion.
En 2011, il joue un rôle-clé dans l’offensive qui porte Alassane Ouattara au pouvoir, puis est nommé chef d’État-major particulier du président. Il quitte l’armée deux ans plus tard, honoré, mais aussi porteur d’un lourd héritage, celui d’une armée profondément divisée et marquée par les conflits internes.
Depuis, Michel Gueu a tenté de reconvertir son autorité militaire en parole politique, rejoignant en 2019 le PDCI-RDA en tant que vice-président. Un ralliement tardif, vu par certains comme une nouvelle manœuvre de repositionnement, par d’autres comme un engagement sincère en faveur de la réconciliation nationale.
Aujourd’hui encore, il prône la paix, le dialogue, l’unité. Des mots importants, mais que beaucoup souhaiteraient voir portés avec plus de constance et moins de calcul.
À 74 ans, Michel Gueu laisse derrière lui une image contrastée : celle d’un soldat de la République au parcours sinueux, à la fois artisan de paix et acteur d’un système de violences dont le pays peine à guérir. L’histoire tranchera, avec le recul du temps.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

