En recevant, le 2 juillet, la mission de la CEDEAO, Cissé Ibrahim dit Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP (parti de la mouvance présidentielle), a coupé court à la polémique qui ne cesse d’enfler.
Il a soutenu que l’État ne ferait ni infidélité au droit, ni arrangement avec la loi. Un point, barre.
Pour être clair, Laurent Gbagbo et Cheick Tidjane Thiam, les deux poids lourds de l’opposition rayés de la liste électorale. Ils doivent faire leurs adieux au prochain scrutin. Un point, un trait.
Le ministre-gouverneur Cissé a prêché pour sa paroisse. C’est, en effet, le duel. En toute ignorance des mesures qui les excluent, les présidents du PPA-CI et du PDCI-RDA poursuivent leurs démarches administratives. Afin de remplir toutes les conditions pour prendre part à l’élection.
Ils ont remporté une première victoire, certes symbolique.
Ont fait reculer la CEI, et donc l’État, dont elle apparaît comme la caisse de résonance. Ils ont reçu, au siège de l’organe électoral qui voulait freiner des quatre fers, les kits de parrainage. L’une des conditions d’éligibilité.
Et le 5 juillet, le PPA-CI a organisé une cérémonie de remise de ces kits à ses militants sur le terrain. Pour collecter, en faveur de Gbagbo, les signatures de 1 % de l’électorat local dans chacune des 17 régions retenues. Y compris les districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro.
L’opposition, à travers la CAP-CI et le Front commun, est à la manœuvre. Elle tente d’exercer des pressions politiques et diplomatiques afin d’aboutir à une présidentielle inclusive. Donc ouverte à tous. Comme en 2010. Pour renvoyer l’ascenseur à Laurent Gbagbo.
En effet, éliminé de la présidentielle du 22 octobre 2000 par un arrêt de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, Alassane Ouattara ne présiderait pas aujourd’hui aux destinées de l’État. Si le président Gbagbo ne s’était pas servi de l’article 48 de la Constitution de 2000. Ce « diktat constitutionnel », pour autoriser sa candidature en 2010, « à titre exceptionnel ».
Néanmoins, ce dénouement s’est produit non par la justice ou le droit, mis de côté, mais au forceps. Par le pouvoir de la force, dans le cadre d’un règlement politique.
Au demeurant, en 1995, Alassane Dramane Ouattara s’était montré légaliste. Sollicité par le RDR, son parti, il avait refusé de briguer la magistrature suprême. Car, affirma-t-il dans une interview accordée à Jeune Afrique en septembre, le Code électoral l’en empêchait.
En réalité, il tirait les leçons de l’échec de son coup d’État constitutionnel contre Henri Konan Bédié, à la mort de Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993.
Il s’était alors retrouvé isolé.
Le PDCI-RDA, à travers Laurent Dona Fologo, son secrétaire général, s’était désolidarisé de son aventure. Et l’armée, avec le général Robert Guéi, l’avait mis au pas. Pour faire respecter l’article 11 de la Constitution. Qui régissait la vacance du pouvoir en cas de décès du président de la République.
N’ayant pas toutes les cartes en main et évoluant sur un terrain glissant, Ouattara avait tactiquement reculé. Pour se donner les moyens de sa politique et mieux sauter. C’est lorsqu’il était prêt qu’il défia ouvertement le régime de Bédié : « Je frapperai ce pouvoir au bon moment, et il tombera », déclarait-il. Bédié sera renversé le 24 décembre 1999, par ce que Ouattara appellera « une révolution populaire ».
Au régime de Gbagbo, il promettra, en 2001, de « rendre le pays ingouvernable ». La Côte d’Ivoire connaîtra de graves troubles après l’invalidation de sa candidature aux législatives de décembre 2000. Et après l’avortement du « coup de la Mercedes noire », en janvier 2001, le pays sera coupé en deux. A partir du 19 septembre 2002, par une rébellion armée.
Si Alassane Ouattara est devenu, contre toutes les dispositions constitutionnelles et le Code électoral, candidat à la présidentielle en 2010, c’est pour une raison. La légalité s’était transformée en une affaire non de droit et de justice, mais de force et de pouvoir.
Au pied du mur, Laurent Gbagbo pensait offrir un répit et la paix à son pays. En négociant des accords de paix. Dont celui de Ouaga, baptisé APO (Accord politique de Ouaga), sous les auspices de Blaise Compaoré. À son insu, il signait son arrêt de mort politique.
En l’occurrence, Gbagbo sera payé en monnaie de singe. Il sera le dindon de la farce. Les rebelles ne déposeront pas, comme prévu, les armes. Avant les deux tours du scrutin des 31 octobre et 28 novembre 2010. Il sera bombardé dans la résidence officielle des chefs d’État – aujourd’hui détruite – et transféré à la CPI.
Ce n’est pas tout.
Alors que tous ses coaccusés dans un procès kafkaïen – tenu par défaut alors qu’il était à La Haye – ont été amnistiés. Après leur condamnation à 20 ans de prison pour « le braquage de l’agence nationale de la BCEAO », lui ne sera que gracié. Expressément pour lui barrer la route de la présidentielle. La trahison est ainsi totale avec un pouvoir qui refuse le consensus.
Et Gbagbo a choisi de se battre contre l’injustice. En compagnie de Thiam, frappé par l’article 48 du Code de la nationalité ivoirienne, il pousse ses pions sur l’échiquier.
F. M. Bally
photo:dr
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