Jeety: «  »Ce que je prépare ne fera pas de bruit. Mais il fera date. »

6 mois

Lebri Jeety Bridji, figure majeure du spectacle vivant ivoirien et acteur-clé de la diaspora, sort de son silence.

Après une rencontre fortuite avec Tayoro, du Sporting Club de Gagnoa, sur les Champs-Élysées, il accepte de se livrer — à sa manière.

Parcimonie, précision, profondeur. Une conversation entre lucidité, mémoire et vision.

POUVOIRS MAGAZINE : Jeety, on vous croyait loin de la scène ivoirienne. Et puis voilà : vous êtes de retour. Pourquoi maintenant ?
Jeety :
Parce que les silences ont aussi leur tempo. J’ai toujours préféré bâtir dans l’ombre plutôt que briller dans le bruit. Mais aujourd’hui, je sens que le moment est venu de contribuer autrement. Pas pour faire un retour personnel. Pour ouvrir un cycle. Ce que je prépare ne fera pas de bruit. Mais il fera date.

PM : Vous avez été vu récemment à Paris, sur les Champs, avec Tayoro du Sporting Club de Gagnoa. Rencontre fortuite ou rendez-vous stratégique ?
Jeety (sourire) :
Ce que je peux vous dire, c’est que dans ce métier, aucune rencontre n’est anodine. Tayoro est un passionné, un bâtisseur comme je les aime. Il porte un projet sportif avec une vision culturelle. Le terrain et la scène ont beaucoup en commun : l’intensité, le public, le jeu collectif. On a parlé d’héritage, de diaspora, d’initiatives croisées. Le reste… reste à écrire.

PM : Vous êtes l’un des premiers à avoir exporté des artistes ivoiriens à Paris dans les années 2000. Que vous inspire la scène actuelle ?
Jeety :
Elle bouge, elle pulse, elle cherche. Mais elle manque de colonne vertébrale. Beaucoup veulent briller sans structure. Moi, j’ai toujours cru au cadre avant la lumière. Quand j’ai révélé la Compagnie Tchétché, ou le groupe Sakoloh avec Lohoré (paix à son âme), c’était toujours avec une stratégie derrière. Aujourd’hui, je vois des talents bruts, mais peu de vision d’ensemble. Il faut reconstruire des plateformes solides, comme on monte des ponts.

PM : Votre société, Jeetys Prod, existe depuis 2013. Elle va redevenir active ?

Jeety :
Elle ne s’est jamais endormie. Elle s’est mise en veille stratégique. Aujourd’hui, elle se réactive, mais différemment. Ce ne sera pas une course aux événements. Ce sera une série de gestes précis. Avec une direction artistique claire, une économie pensée, et une transmission assumée. Je n’ai plus envie d’être au centre de la lumière. Je veux la projeter sur d’autres.

PM : Certains parlent d’un « grand coup » en préparation. Pouvez-vous confirmer ?
Jeety :
(Rires) Les gens aiment les effets d’annonce. Moi, je préfère les effets de construction. Ce qui vient, c’est une initiative artistique panafricaine, portée par la diaspora, enracinée à Abidjan, et connectée à Paris. C’est un geste de mémoire et de projection. Ça parlera de nous, de ce que nous avons été, de ce que nous voulons devenir. Ce ne sera pas un show. Ce sera un récit.

PM : Vous parlez souvent de la diaspora comme d’un levier sous-exploité. Que voulez-vous dire ?
Jeety :
La diaspora, c’est une force dormante. Elle peut injecter des compétences, du capital, du regard neuf. Mais elle doit sortir de la plainte pour entrer dans le projet. Nous devons créer des circuits entre Abidjan, Paris, Montréal, Bruxelles. Pas seulement pour exporter, mais pour co-produire. La rencontre avec Tayoro, c’était aussi ça : penser au-delà des frontières.

PM : Si vous aviez un mot à adresser à la nouvelle génération artistique ivoirienne, quel serait-il ?
Jeety :
Soyez patients. Soyez structurés. Ne courez pas après la visibilité immédiate. Cherchez d’abord la viabilité. Le temps des likes n’est pas celui des légendes. Et surtout : apprenez à raconter votre histoire, avant que d’autres ne la racontent pour vous. Si vous voulez durer, pensez long. Comme un arbre. Pas comme une étincelle.

Entretien réalisé par

AK

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

 

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