Un an après, ce drame routier demeure un miroir cruel de nos fautes collectives : silence, imprudence, fatalité mal digérée.
Le 23 juillet 2024, un camion venant d’Abidjan s’était renversé à Bouaflé. Emportant la vie du jeune Bamba Daouda.
Il avait 23 ans, apprenti chauffeur, mort écrasé sous la cabine. Symbole tragique de tant de vies jetées sur l’asphalte.
Son conducteur, Konaté Arouna, a survécu avec une jambe fracturée, traumatisé, incapable de dire exactement comment tout s’est effondré.
Selon lui, un autre camion l’aurait ébloui au virage avant le rond-point. Précipitant le renversement fatal du poids lourd.
Ce témoignage douloureux n’est pas juste un fait divers : c’est le reflet fidèle de nos erreurs sur les routes ivoiriennes.
Conduire, c’est voir, prévoir, ralentir, respecter. Autant de réflexes que nous avons progressivement sacrifiés sur l’autel de l’habitude.
Il ne s’agissait pas d’une course, ni d’un complot : juste d’un virage mal évalué, d’un phare mal géré.
Et voilà un mort, encore un, un de plus dans ce cimetière sans croix qu’est devenu notre réseau routier quotidien.
Chaque virage devrait rappeler que nous tenons entre nos mains bien plus qu’un volant.
Nous tenons des vies humaines entières.
Un an après, si nous reparlons de Bamba, ce n’est pas pour pleurer mais pour éviter d’en enterrer un autre.
Il n’avait que 23 ans, plein d’avenir, plein d’efforts — balayé en une nuit par un instant d’inattention dramatique.
Ce texte est une prière civique, une alarme humaine : assez de silence, assez d’accidents, assez de morts injustifiables.
Les routes ivoiriennes sont devenues des zones de non-droit. Vitesse, fatigue et orgueil y roulent ensemble jusqu’à la tombe.
Ce 23 juillet 2025, souvenons-nous pour conjurer le sort. Pour briser le cycle mortel de l’oubli et de l’imprudence.
Nous ne devons plus normaliser ces tragédies, les réduire à des faits divers que le prochain drame chassera du souvenir.
Il est temps que chaque volant devienne un pacte de responsabilité, un engagement envers soi, envers l’autre, envers la vie.
À Bamba Daouda, que cette mémoire ne soit pas vaine, que ta mort réveille ceux qui roulent sans conscience.
À l’État, que cette hécatombe cesse d’être tolérée. Que les ronds-points éclairent, ralentissent et préviennent les deuils évitables.
À nous tous, que chaque jour de plus soit aussi une chance de moins pour que cela recommence encore.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

