Simplice Dion :  » Ouattara n’est pas homme à recevoir des consignes à exécuter »

6 mois

Dans une Côte d’Ivoire où politique rime avec mystère, chaque mot présidentiel cache une stratégie diplomatique, électorale et géopolitique. Selon Professeur Dion qui poursuit:

« Le 13 septembre 2003, à Dimbokro, Laurent Gbagbo s’adressa au peuple du N’Zi-Comoé avec des mots saisissants.
Il déclara qu’en devenant président, l’homme d’État acquiert des sens nouveaux, des perceptions autres, presque mystiques et politiques à la fois.
Selon lui, le chef d’État possède des oreilles spéciales, des yeux particuliers que n’ont pas les citoyens ordinaires ou les analystes.
C’est pourquoi, lorsqu’un président parle, il faut écouter ses mots et surtout comprendre ce qu’il n’a pas voulu dire.
La véritable essence du pouvoir réside parfois dans le non-dit, l’implicite, les signes en filigrane d’une parole codée.
Ainsi, l’art politique devient un habillage linguistique, une stratégie du camouflage et une diplomatie d’apparences bien orchestrées.
Dans cette perspective, une rencontre entre chefs d’État n’est jamais improvisée mais planifiée, discutée et conclue bien avant l’apparition publique.
Ce jour-là, si Ouattara et Macron se sont rencontrés, l’essentiel avait sûrement été décidé avant les caméras ou micros.
Il est très probable que la présidentielle ivoirienne ait été abordée durant leurs échanges, dans une logique géostratégique partagée.


Les destins de la France et de la Côte d’Ivoire sont liés, imbriqués, tissés par l’histoire et les intérêts communs.


Ce qui se joue à Abidjan peut influencer des dynamiques diplomatiques, économiques ou militaires jusque dans les sphères parisiennes.
Dans un monde glissant progressivement de la démocratie vers une voyoucratie assumée, tout régime devient vulnérable aux pratiques souterraines.
Alors, il devient crucial pour la France de comprendre comment évolue le système ivoirien et ses équilibres électoraux internes.
Ouattara est l’héritier direct de Félix Houphouët-Boigny, dont la vision politique était fluide, stratégique, non conflictuelle mais fermement souverainiste.
Chez Houphouët, la souveraineté n’était ni brutale, ni rigide : elle s’exerçait dans l’intelligence dialectique avec les puissances extérieures.
Ce modèle, Ouattara semble vouloir le prolonger avec rigueur, finesse et sens du compromis stratégique en terrain africain complexe.
Il ne ressemble pas à un exécutant, mais plutôt à un acteur central qui réfléchit, arbitre et oriente l’histoire.
À ce niveau, chaque rencontre avec Paris ne peut ignorer les grands enjeux électoraux ivoiriens, présents ou à venir. »
Ce que Gbagbo a nommé sorcellerie politique pourrait bien n’être qu’une forme avancée de gouvernance par le message codé.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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