Mort jeune, devenu nom de prix, Noël X. Ebony n’a jamais cessé de déranger. Même aujourd’hui, il dérange encore. Il est décédé un 22 juillet 1986. Voilà bientôt 40 ans
Parce qu’il était libre, peut-être trop. Et que cette liberté, à force de briller, a fini par aveugler. Le prix Ebony porte son nom.
On dit souvent que les morts ont toujours raison. Mais Noël X. Ebony ne rend pas les choses si simples.
De son vrai nom Essy Kouamé Noël, Noël X. Ebony est né en 1953 à Tanokoffikro dans la sous-préfecture de Koun-Fao. Il est mort le 22 juillet 1986 à Dakar (Sénégal) dans un accident de voiture
Ebony n’était pas un saint, ni un modèle à recopier. Juste un homme, complexe, traversé de doutes et d’orgueil.
Il écrivait avec le feu, mais parfois sans recul. Il croyait en sa vision, parfois au point d’écraser celles des autres.
Son indépendance d’esprit était réelle, mais pouvait tourner à l’arrogance. Il refusait les compromis, même quand ils étaient nécessaires.
Il voulait être lu, compris, respecté. Voulait aussi qu’on le reconnaisse, qu’on le distingue, qu’on dise : c’est lui.
Il y avait chez lui cette tension entre le besoin d’informer et le besoin de briller. Et il assumait cela.
Il n’avait pas d’études classiques, mais une culture glanée dans la rue, dans les livres, dans les silences des anciens.
Il n’aimait pas qu’on le réduise à un autodidacte brillant.
Préférait qu’on dise : c’est un vrai journaliste.
Ebony posait des questions que d’autres n’osaient pas formuler, mais il laissait parfois peu de place à la contradiction.
Ses reportages, durs, limpides, forçaient le respect. Mais parfois aussi, ils mettaient mal à l’aise, par leur ton tranché, définitif.
Il était courageux, mais pas toujours diplomate. Bousculait les certitudes, sans forcément proposer une voie alternative.
Ebony a dérangé le pouvoir. Mais il a aussi dérangé certains collègues, par son tempérament, son exigence, son goût de l’écart.
Ce n’est pas parce qu’il est mort jeune qu’il faut en faire une légende sans taches. Ce serait trahir sa mémoire.
Lui-même refusait les statues. Il écrivait pour secouer, pas pour être vénéré. Pour faire réfléchir, pas pour être encadré.
Aujourd’hui, son nom désigne un prix. C’est noble. Mais cela ne doit pas anesthésier ce qu’il a vraiment été.
Un homme libre, brillant, imparfait. Quelqu’un qui doutait parfois, qui exagérait souvent, mais qui croyait au rôle de la presse.
Ceux qui le citent devraient d’abord le lire. Ceux qui reçoivent son prix devraient l’interroger, le déranger, comme il l’aurait fait. Noël X. Ebony est aussi auteur de plusieurs œuvres littéraires dont les plus connues sont assurément ‘’Déjà vu’’ et ‘’Les masques’’ qui est un roman en deux tomes.
Noël X. Ebony ne nous manque pas parce qu’il était parfait. Il nous manque parce qu’il était vivant. Furieusement vivant.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

