Tribune: « BÔYÔRÔDJAN »… ET FIER D’ÊTRE IVOIRIEN.

4 semaines

Sous une plume volontairement affirmée, A. Sylla contributeur propose une prise de position qui, malgré certaines emphases discursives et des élans parfois excessifs, met en lumière une réalité sensible:

la tension persistante autour de l’identité et de la citoyenneté. Le texte, traversé par une forte charge personnelle et une rhétorique engagée, gagne en intensité ce qu’il perd parfois en retenue analytique, mais s’impose néanmoins comme une interpellation directe sur les dérives de l’exclusion et la fragilité des lectures identitaires contemporaines.

« Nous sommes des milliers de citoyens de cette nation à être, par certains, toujours les mêmes hélas, affublés de l’épithète « bôyôrôdjan », les issus d’un lointain ailleurs.

Comme si une telle provenance devait constituer une tare, une flétrissure ou une indignité.

Remettons donc les pendules à l’heure et les faits en ordre, afin de répondre, avec précision, à ceux-là qui, bien souvent retranchés derrière l’anonymat d’un lâche avatar, se plaisent à vouloir me reléguer vers cet ailleurs dont ils feignent de faire un grief.

Ma génitrice, la première, puis mon père, foulèrent cette terre à une époque où l’idéal des indépendances ne constituait encore qu’une espérance fragile, portée par une poignée d’esprits appelés à en hâter l’avènement. C’est en ce sol qu’ils m’engendrèrent, cette même terre qui, bien des années plus tard, recueillerait leurs dépouilles respectives.

Ivoirien par la plénitude du droit, guinéo-caboverdien par la profondeur de mes racines, je me tiens à la confluence de plusieurs héritages, non point en état de tiraillement intérieur mais dans une féconde harmonie identitaire. Mon identité, en effet, loin d’être une ligne de fracture, est une architecture subtile, patiemment façonnée par mon errance choisie, mon exil voulu, mes rencontres opportunes ou maladroites, les épreuves.

Et aussi les éveils que seul l’exil volontaire autorise.

Oui, durant plus de quarante longues années, au fil de pérégrinations m’ayant conduit à travers plus d’une vingtaine de nations, des antiques terres européennes aux rivages du Nouveau Monde, en passant par les archipels caribéens jusqu’à leurs confins les plus reculés, j’ai acquis la conviction que l’appartenance véritable ne saurait se circonscrire aux seules contingences du sol ni aux déterminismes du sang mais qu’elle se révèle dans la constance d’une fidélité intérieure et dans la claire intelligence de ce qui, en profondeur, nous constitue, nous fonde.

C’est ainsi que, nonobstant les opportunités que m’offrait l’ailleurs, c’est vers cette terre, ma Côte d’Ivoire natale, que mes pas, las d’horizons multiples, m’ont irrépressiblement reconduit.

Non point comme un exilé défait.

Mais comme un dépositaire revenu restituer à la patrie-mère ce qu’elle avait semé en lui, à savoir une capacité d’accueil, une vigueur d’âme, une promesse d’universalité.

Cette nation, que l’on observe aujourd’hui fragmentée et trop souvent encline à se repaître de discours d’exclusion identitaire, savait naguère accueillir et embrasser ses fils dans l’ampleur de leur diversité. Elle savait faire de leurs singularités, non des prétextes d’exclusion mais les matériaux d’une cohésion supérieure. Dignes fils de cette Côte d’Ivoire-là, celle d’après les indépendances, Ivoiriens, nous étions identifiés par un corpus plus grand que nos seuls patronymes : la fierté d’être issus de ce pays qui avait « dans la paix, ramené la liberté en forgeant unis dans la foi nouvelle, la patrie de la vraie fraternité ».

Il est hélas advenu un temps où la mémoire s’est troublée et où certains, oublieux de cette tradition d’hospitalité et d’élévation, se sont employés à rétrécir l’horizon national, à dresser des barrières là où régnaient des passerelles, des ponts ; à substituer la suspicion à la confiance. À ceux-là, naïfs ou abusés, je n’oppose ni la résignation ni la complaisance mais plutôt la fermeté de la légitimité et l’inflexibilité du droit.

Pourquoi ?

Parce que je ne suis pas de ceux qui tendent l’autre joue, surtout lorsque l’injustice se pare des atours de la légitimité pour abuser l’autre, le semblable et le frère.

Mon expérience du monde m’a, en effet, enseigné que les nations qui prospèrent sont celles qui savent agréger, non celles qui s’acharnent à extirper, à retrancher.

Ainsi, mon retour au pays n’est ni une retraite ni une supplique ; il est un acte de foi et, dans le même mouvement, un acte de vigilance. Foi en une Côte d’Ivoire fidèle à elle-même, consciente que sa grandeur réside dans l’addition de ses forces vives ; vigilance face aux dérives qui, sous couvert d’identité ou de patriotisme, trahissent l’essence même de la nation. Je viens donc, non en étranger toléré mais en fils légitime, porteur d’une mémoire élargie et d’une exigence intacte. S’il me faut rappeler, avec fermeté, que l’identité ivoirienne n’est pas un enclos mais un élan, alors je le ferai sans détour parce qu’il en va non seulement de ma dignité de citoyen, « à part entière plutôt qu’entièrement à part ». Il en va aussi de l’avenir même de cette terre qui m’a vu naître à moi-même.

Sur ce, je crois avoir tout dit. »

A. SYLLA

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

Sous le poids des ordures

À travers ce billet d’humeur, F. M. Bally livre son analyse de la persistance de l’insalubrité dans le district d’Abidjan et questionne

DU MEME SUJET

Femmes enceintes: le gouvernement ivoirien face aux critiques

Le ministère de la Justice assure que toutes les garanties légales ont

22 juillet: Noël X. Ebony, bientôt 40 ans. Journaliste brillant, imparfait et furieusement vivant

Mort jeune, devenu nom de prix, Noël X. Ebony n’a jamais cessé