Le 3 juillet marque déjà deux années depuis que Francis Wodié a quitté ce monde après une longue maladie. Nous vous proposons des morceaux choisis de ce Maitre du droit.
Citations du Professeur Francis Romain Wodié
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Sur la fonction du juge et la conscience morale :
« Lorsque le fleuve sort de son lit, il déborde en torrent tumultueux, susceptible d’emporter presque tout sur son passage.
Le juge doit revenir à lui-même pour s’autocontrôler, en puisant en lui-même les ressources de ce contrôle.
Le juge, homme de droit, doit être droit.
Le juge n’a pas à s’interroger sur la justesse du droit.
On lui demande d’appliquer la loi, en s’interdisant d’apprécier la loi.
Mais, pour être juge, je n’en reste pas moins un homme, un citoyen jouissant de mon libre arbitre.
Et quand la justice du droit se détache de ma propre justice,
quand je ressens vigoureusement la loi comme injuste, que dois-je faire ?
Si je reste juge, j’applique cette loi, même injuste.
Mais pour retrouver ma liberté de citoyen, je peux – et je dois – démissionner,
pour m’accorder avec moi-même,
et ne pas me cacher derrière ma fonction pour faire passer des idées personnelles ou des intérêts particuliers. »
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Lors de la passation de charge après sa démission du Conseil constitutionnel :
« Aujourd’hui, vous retrouvez la plénitude de vos fonctions,
et moi, je retrouve la plénitude de ma liberté de citoyen,
mais aussi d’homme.
Ma tâche est terminée,
mais la mission, elle, n’est pas achevée. »
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Sur le devoir accompli et l’exigence de progression :
« Je pense avoir accompli ma mission.
Je ne suis pas satisfait ; on n’est jamais satisfait qu’en étant mort.
Tant qu’on vit, on a à se perfectionner.
Mais, pour le temps que j’ai occupé, j’ai agi selon moi,
selon mon devoir et selon ma conscience. »
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Sur la responsabilité collective dans la paix :
« Quelle que soit notre position,
nous avons un rôle à jouer dans la préservation de la paix et de l’intelligence nationale. »
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Sur l’État :
« L’État est la personnification juridique de la nation ou du peuple. »
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Sur la liberté et le savoir :
« La liberté commence là où finit l’ignorance,
c’est-à-dire là où commence le savoir. »
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Sur la nature du savoir :
« Le savoir ne consiste pas à fournir les bonnes réponses,
mais plutôt à poser les bonnes questions,
en reconnaissant que la réponse appartient à tous. »
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Sur la Constitution ivoirienne :
« Aucune œuvre humaine n’est parfaite.
De sorte que la Constitution ivoirienne comporte des failles,
tant au niveau de l’élaboration, du contenu que de l’application.
Il est toujours bon de s’interroger,
de façon à éveiller l’esprit. »
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Sur la nature du droit :
« Le droit n’est pas neutre.
Il se présente comme un ensemble d’instruments répondant à des réalités sociopolitiques,
en tenant compte de l’histoire des sociétés,
et de la nécessité d’évoluer vers des exigences de coopération. »
Homme de rigueur et d’engagement, il fut professeur éminent, juriste courageux et défenseur infatigable des droits humains.
Ancien président de la Cour constitutionnelle, il croyait fermement en l’indépendance du droit, sans jamais céder aux pressions.
Il a quitté ses fonctions lorsqu’il a compris que le politique cherchait à compromettre ses valeurs fondamentales de justice.
Ce geste rare, dans un pays peu habitué aux démissions par principe, a marqué les esprits pour longtemps.
Francis Wodié incarna toute sa vie l’intégrité, la droiture et le refus de transiger avec ses convictions profondes.
Fondateur du Parti Ivoirien des Travailleurs, il milita pour une démocratie sociale dans un pays encore en transition.
Premier président d’Amnesty International Côte d’Ivoire, il lia la politique au combat pour la dignité et la justice humaine.
Ses engagements lui ont valu la prison et l’exil, notamment en Algérie, durant les années sombres de répression.
Enseignant de droit dès 1966, il forma des générations de juristes ivoiriens marqués par son exigence et sa passion.
Il fut également fondateur de la LIDHO, apportant sa pierre à l’édifice fragile des libertés civiles en Côte d’Ivoire.
Son passage au Conseil constitutionnel, de 2011 à 2015, visait à restaurer la crédibilité d’une institution en souffrance.
Même candidat malheureux à deux élections présidentielles, il n’a jamais renoncé à son idéal démocratique ni à l’action.
En 2023, sa dépouille a été inhumée à Grand-Bassam, dans la terre ancestrale, en présence de nombreuses personnalités.
Une cérémonie d’hommage pleine d’émotion s’est tenue au Sofitel Hôtel Ivoire, pour saluer l’homme et son héritage.
Sa fille Cynthia Wodié œuvre aujourd’hui à immortaliser son combat à travers une fondation et des projets durables.
Le ministère de la Construction a même annoncé l’ouverture prochaine d’une avenue portant le nom de Francis Wodié.
Un tableau en son honneur fut offert à son épouse, lors d’un moment de recueillement marqué par la danse « Abodan ».
Deux ans après, la mémoire de Francis Wodié demeure vive, rappelant l’exemple d’un homme debout jusqu’au dernier souffle.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

