Route d’Azurétti, ce samedi, le silence avait une autre résonance. Le cimetière municipal de Grand-Bassam a fait le plein de douleur.
Le plein aussi de souvenirs et de visages venus accompagner Ghislaine Lucie Gonzales Anet jusqu’à sa dernière demeure. Dans l’assistance, les proches, les amis, les connaissances et ceux qui avaient croisé son chemin étaient nombreux. Tous étaient là pour dire adieu à une femme dont la discrétion n’avait d’égale que l’élégance.
Lucie s’en est allée, mais elle laisse derrière elle une silhouette, une manière d’être et surtout un métier auquel elle avait donné une âme : la couture.
La couture comme langage
À la Cité des Arts, son quartier et son univers de création, Lucie avait construit au fil des années un rapport presque intime avec les étoffes, les couleurs et les silhouettes. Elle savait regarder un corps avant de penser un vêtement. Comprendre une proportion, corriger une ligne, équilibrer un volume : chez elle, rien n’était laissé au hasard.
Elle travaillait avec cette précision tranquille qui caractérisait sa personnalité.
Une coupe devait servir celle qui la portait. Une couleur devait dialoguer avec un teint. Une matière devait tomber avec naturel. Lucie ne cherchait pas l’excès. Elle recherchait le juste.
Dans son atelier, la couture devenait ainsi une forme de conversation silencieuse avec les femmes qui venaient lui confier leurs envies. Elle écoutait, observait, proposait, rectifiait. Puis ses mains donnaient naissance à des pièces où l’élégance semblait aller de soi.
Cette femme issue d’un métissage, avec ses traits et son allure singulière, portait elle-même cette identité plurielle avec naturel. Son apparence, loin d’être un simple détail, participait à cette sensibilité particulière qu’elle mettait au service de son art.
Une femme de juillet
Le mois de juillet semblait avoir une place particulière dans son histoire familiale.
Lucie était née un 27 juillet. Sa marraine, elle aussi, était née au mois de juillet, le 19 juillet. Et son époux, Anet Christophe, appartient également à cette constellation familiale des natifs de juillet.
Comme si ce mois, au cœur de la saison des retrouvailles et des souvenirs, avait voulu inscrire plusieurs destins de la famille dans le même calendrier.
Aujourd’hui, ces dates prennent une autre profondeur. Elles deviennent des repères dans la mémoire de ceux qui l’ont aimée : un 27 juillet pour se souvenir de sa naissance, un 19 juillet pour penser à sa marraine, et juillet encore pour évoquer celui qui partagea sa vie.
De la Cité des Arts à Bassam
Lucie était profondément liée à deux univers : la Cité des Arts et Grand-Bassam.
La Cité des Arts fut son territoire professionnel, son espace de création, celui où elle exerçait son regard et son savoir-faire. Bassam, elle, représentait davantage qu’un lieu : une terre d’attachement, de famille, de vie et de mémoire.
Elle était l’épouse d’Anet Christophe, restaurateur et homme d’affaires bien connu à Grand-Bassam à travers Le Christophoro.
AK
POUVOIRS MAGAZINE

