Avec une hausse de 8,31 % des cas cette année, le Conseil national des droits de l’homme appelle à une prise de conscience collective. Derrière les chiffres, des vies bouleversées, des parcours brisés et un droit à l’éducation mis en péril.
Près de 4 500 jeunes filles ont vu leur scolarité compromise cette année à cause d’une grossesse, selon les chiffres officiels.
Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) tire la sonnette d’alarme face à cette réalité devenue presque banale dans les écoles.
Entre septembre 2024 et juin 2025, on a recensé 4 481 grossesses en milieu scolaire, soit une hausse préoccupante de 8,31 %.
Les régions les plus touchées révèlent une géographie du fléau : Nawa (424 cas), Tonkpi (408), Marahoué (267) et Hambol (258).
Abidjan, la capitale économique, n’est pas épargnée : 197 cas ont été signalés malgré les campagnes de sensibilisation récurrentes.
Au-delà des statistiques, des scènes poignantes : des filles accouchant durant des examens, parfois même en salle d’épreuve.
À Aboisso, une candidate au bac a accouché le matin de l’examen avant de perdre connaissance en pleine épreuve écrite.
Dans le Bounkani, une élève de 3e n’a pas pu finir son BEPC après avoir accouché entre deux épreuves scientifiques.
Le Moronou n’est pas en reste : une élève a dû abandonner le bac après un accouchement imprévu le deuxième jour.
Pour le CNDH, ces cas illustrent les conséquences profondes des grossesses précoces : décrochage scolaire, stigmatisation et vulnérabilité accrue.
L’éducation des filles se heurte à un mur social, familial et institutionnel qui laisse trop souvent ces drames passer inaperçus.
Le Conseil appelle les parents à dialoguer davantage avec leurs enfants, à instaurer une culture de la prévention et de l’écoute.
Il interpelle également les autorités éducatives et sanitaires pour renforcer l’encadrement, l’accompagnement et les politiques de santé reproductive.
La société civile est invitée à redoubler d’efforts, pour briser les silences, éduquer, protéger et prévenir de nouvelles tragédies.
Le CNDH insiste : chaque grossesse scolaire est une alerte, un échec collectif, un appel à l’action immédiate et durable.
Les droits fondamentaux des filles à apprendre, évoluer et construire leur avenir ne doivent plus être bafoués par l’inaction.
Il faut un sursaut : pour que l’école redevienne un espace de savoir, non un lieu de renoncements précoces et douloureux.
Chaque jeune fille mérite d’étudier sans craindre que la maternité ne vienne briser brutalement ses rêves et ses ambitions.
Le CNDH appelle à une mobilisation nationale, pour que plus aucune élève ne voie sa vie suspendue à un accouchement précoce.
MARIE GNIALET
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
