Laurent Gbagbo demeure un personnage politique singulier en Côte d’Ivoire, revenu de la prison sans être abîmé. Politiquement.
Nombreux furent ceux, jadis, qui prophétisèrent son retour triomphal depuis sa cellule. Prédisant qu’il reviendrait en force pour reprendre le pouvoir. Cette vision a captivé une partie de la population ivoirienne, qui y a vu un signe divin. Si Gbagbo se présente comme candidat à la présidentielle, une partie de la population pourrait y percevoir une forme de destinée divine. Une sorte de mission préordonnée. Des siècles d’analphabétisme et de naïveté, a marqué cette population qui chaque jour va chercher du travail, un mariage, un enfant, de l’argent. A l’église. Mais faut-il se laisser emporter par cette idée ? La question mérite réflexion.
Il est évident que Gbagbo reste le seul leader de l’opposition ivoirienne capable de galvaniser ses militants à un tel point. Ses partisans sont prêts à tout sacrifier pour lui, y compris à risquer leur vie. Une loyauté qui semble bien au-dessus de celle des autres figures de l’opposition. A l’instar d’Affi N’Guessan, ou même des challengers potentiels tels que Thiam ou Billon. Les partisans de ces derniers, bien que nombreux, n’ont pas cette même ferveur prête à aller jusqu’au sacrifice ultime.
Alassane Ouattara, en tout cas, ne sous-estime pas la force politique de Gbagbo.
Sa prudence actuelle à propos de la liste électorale et de l’éventuelle candidature de Gbagbo témoigne d’une tactique réfléchie. Le président Ouattara a bien retenu la leçon des erreurs passées : sous-estimer son adversaire, comme Gbagbo l’avait fait à son époque, peut mener à des conséquences fâcheuses. La Côte d’Ivoire a vécu trois mandats consécutifs sous Ouattara, une continuité qui ne semble pas le déranger mais qui, paradoxalement, continue de faire de Gbagbo un acteur incontournable.
Dans ce jeu politique complexe, la position de Gbagbo n’est pas simplement celle d’un ancien prisonnier cherchant à reprendre le pouvoir, mais celle d’un acteur au charisme incontestable, capable de manipuler les imaginaires populaires. La réémergence de Gbagbo sur la scène politique ivoirienne pourrait bien être perçue comme une remise en question directe du pouvoir établi, surtout si les conditions de son retour sont perçues comme relevant du surnaturel. Les bases de son pouvoir restent solides, malgré les défis politiques et économiques.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

