On Stage aura réussi son pari. En trois jours d’activités, les premières journées Pina ( du 8 au 10 juin 2023) à
Abidjan ont rencontré l’engouement des danseurs et chorégraphes ivoiriens. A travers un programme conséquent-
entre conférence sur la sauvegarde des œuvres, atelier de formation à la technique de l’icône allemande de la
danse contemporaine Pina Bausch (décédée le 30 juin 2009) et projection en exclusivité à Abidjan du film
documentaire Dancing Pina du réalisateur allemand Florian Heinzen-Ziob qui retrace le processus créatif de
ses pièces emblématiques et le passage de témoin qui a cours à travers les générations. Membres fondateurs
de On Stage, les six danseurs ivoiriens acteurs de la version africaine de la pièce “Le sacre du printemps” de
Pina Bausch ont, au cours de ces journées, permis de tisser un réseau de réflexion et de partage sur la
contemporanéité de cette œuvre symbolique datant de 1975.
Les Journées Pina d’Abidjan ont été beaucoup marquant grâce à l’apport de la Fondation Pina Bausch basée à
Wuppertal en Allemagne. Elle qui a permis à Clémentine Deluy, chorégraphe d’origine française et danseuse de
Pina Bausch au Tanztheatre de Wuppertal, et Jorge Puerta , l’autre chorégraphe codirecteur de la transmission
du “Sacre du printemps”. Ces deux acteurs clés du projet ont répondu à nos questions.
Quels sont les axes de la formation que vous avez donnés à Abidjan?
Clémentine Deluy : Nous avons créé un programme sur trois jours articulé sur différents aspects du répertoire de
Pina Bausch. Il était important pour nous de communiquer encore avec ces jeunes danseurs ivoiriens
(une trentaine sélectionnée sur appel à candidature ndlr) sur la pièce « Sacre du printemps » avec laquelle nous
avions déjà travaillé avec les six membres de l’organisation On stage ( dans le cadre d’un projet de version
africaine menée par l’Ecole des sables de Germaine Acogny au Sénégal, ndlr). La deuxième journée s’est articulée
sur deux solos que nous avons créé , Jorge et moi , dans une des pièces de Pina. Les deux solos datent
de 2001 et 2009. Donc c’est un répertoire un peu plus récent par rapport au Sacre du printemps qui est de 1975.
La dernière journée s’est basée sur l’aspect théâtral du travail de Pina. Parce qu’elle fait partie du courant
danse-théâtre. C’était donc important de permettre aux stagiaires de voir plusieurs facettes du travail de Pina.
Pourquoi le travail de Pina apparaît comme quelque chose d’intemporel ? Qu’est-ce qui fait la force de son
projet ?
Jorge Puerta : En fait, elle a été l’icône de la danse-théâtre. Avant elle, c’était quelque chose qui n’était pas
nommé en tant que tel. Mais elle est devenue la figure de proue de ce mouvement. Personnellement,
je pense qu’elle a réussi à donné aux danseurs une palette très large de ce qu’on peut transmettre.
Ce n’est pas seulement un travail physique, mais c’est plutôt spirituel , un élément qui tient à nos vies.
Et elle a su inculquer ça de façon très intelligente dans un spectacle de danse. À partir de là, on peut parler
de pleins de choses. Sinon c’est un mélange d’intimité incroyablement puissant et en même temps une façon
de mettre des scènes d’apothéose.
Quel(s) conseil(s) peut-on tirer de la parfaite sauvegarde de l’œuvre de Pina Bausch ?
Clémentine Deluy : Déjà, si je prends un exemple très concret de mon expérience personnelle sur Le sacre
du printemps, j’ai eu la chance de pouvoir la danser sous le regard de Pina. Donc j’avais l’information. Mais en
tant que répétitrice, j’ai continué cet enrichissement de connaissance avec toute une équipe autour de moi.
De danseurs qui ont dansé cette pièce, de génération très différente, que ca soit Jorge Puerta,
que ça soit Jo-Ann Endicott, Jo-Ann qui a créé la pièce “Le sacre du printemps”. Donc c’est tout un travail
d’équipe et c’est comme ça que je conçois la transmission. Chacun avec ses connaissances concentrées
sur la pièce pour pouvoir fournir le maximum d’informations. En même temps, la connaissance se perdure aussi
par la chance d’avoir des archives vidéos qu’on regarde avec d’autres générations qui apportent aussi un autre
regard. Donc c’est un travail intergénérationnel qui permet la conservation. Et ça peut être utile par rapport aux
travaux qui ont été ou qui sont menés en Côte-d’Ivoire.
Qu’est-ce que les danseurs africains apportent à cette pièce dans le cas de ce projet de transmission?
Clémentine Deluy: on est toujours en train de connecter le travail de Pina à de nouveaux corps. Dans le projet
avec les danseurs africains, c’est 32 danseurs . Chacun amène du sien et , au-delà de la virtuosité du travail du
vocabulaire, il y a cette part intime et spéciale qui y est ajoutée aux pièces ou aux sujets abordés par les pièces
de Pina Bausch.
POUVOIRS MAGAZINE