Dorris Haron Kasco est le précurseur de la photographie d’art en Côte d’Ivoire, la photo d’auteur qu’il pratique avec dextérité et une conscience aigue depuis bientôt 30 ans. Egalement cinéaste, il accepte ce jeu de question réponse.
Chacun a un travail où la démarche est entièrement photographique. Une démarche qui a consisté à pervertir la grammaire de l’image telle qu’on a l’habitude de la voir quand il s’agit de photo. Ce qui inviterait le public à une immersion dans un révélateur de frontières mentales.
Justement vos photos sont particulières on a l’impression de peinture, d’un travail au pinceau ou au couteau
Vraisemblablement oui, mais surtout pas. Avec « Dilogie », titre de l’expo, il s’agit d’un procédé entièrement photographique, il n’y a aucune goutte de peinture il s’agit strictement de pixel d’où l’énigme qui finit par à en sourdre avec puissance et douceur avec intensité et indolence avec couleur et noirceur en clair-obscur.
Comment lutte-t-on contre le cancer avec un appareil photo ?
J’ai choisi d’utiliser son pouvoir de suggestion par ses formes hybrides dont l’ordre apparent dissimule le chaos à travers cette dualité de couleurs et de formes.
Devons-nous comprendre que le corps humain, premier atteint par le cancer est absent de « Dilogie » votre travail ?
Des orteils à la chevelure, chaque organe est susceptible de déclencher son cancer. Vu donc la pluralité de cancers, cancer du sein, de la prostate, du foi, du poumon etc, je ne crois pas qu’on puisse les représenter littéralement par des photos de corps. C’est en cela que j’avais opté pour ces images abstraites dont la particularité tient finalement à son pouvoir de suggestion. Rien ici n’est directement, encore moins brutalement exprimé.
Etes-vous concerné de près par le cancer ?
On est tous concerné par le Cancer, il ne faut pas attendre d’être directement touché pour en faire cause sienne. Dans ma démarche de création, je n’ai pas attendu d’être fou, ou encore d’être enfant de la rue pour m’intéresser à ces sujets, antérieurement soumis au tamis de ma réflexion artistique. Venir à bout d’une maladie, c’est plus qu’un devoir, un impératif naturel, une urgence.
Hier au côté des fous, puis des enfants de la rue, aujourd’hui aux côtés des malades du cancer, devons-nous définitivement vous considérer comme un photographe citoyen et militant.
En tant que citoyen de ce monde on ne peut pas ne pas avoir un militantisme quel qu’il soit parce qu’il faut bien que les choses se dénoncent. Et le canal en lequel j’ai foi est l’artistique pour conduire et faire passer les messages et déclencher la prise de conscience.
Etes vous un photographe politique?
Je m’en voudrais ne pas être un photographe politique.
Interview réalisée par
ALEX KIPRE
POUVOIRS MAGAZINE

