Sabine KOFFI : « Et si les détours étaient, en réalité, le chemin ? »

57 minutes

Communication, photographie, graphisme, numérique, judo et leadership féminin : portrait d’une femme qui a su transformer les imprévus de la vie en leviers d’évolution et d’engagement.

Certains parcours professionnels ne suivent pas une trajectoire toute tracée. Ils se construisent au fil des épreuves, des réorientations et des découvertes qui, peu à peu, révèlent une vocation. Le parcours de Sabine KOFFI en est une belle illustration.

Des bancs du Lycée de Jeunes Filles de Bingerville à ses expériences dans la communication digitale, le graphisme, le développement web et la photographie, elle a exploré plusieurs univers avant de trouver le fil conducteur de son identité professionnelle. À cette diversité de compétences s’ajoutent une passion pour le judo et un engagement en faveur du leadership féminin dans le sport, notamment à travers la création de l’ONG Sport Au Féminin.

Aujourd’hui, Sabine KOFFI entend donner une nouvelle dimension à son parcours. En renforçant ses capacités de leadership, notamment à travers son engagement au sein de Toastmasters. Son ambition : faire converger ses compétences en communication et en numérique au service du sport, de la visibilité des femmes.

De même que du développement du leadership féminin en Afrique.

Dans cet entretien, elle revient sur les détours qui ont façonné son parcours, les valeurs que le sport lui a transmises et sa vision d’un univers sportif plus inclusif, dans lequel les femmes ont toute leur place, aussi bien sur le terrain que dans les instances de décision.

CoolBee Ouattara : Vous présentez votre parcours comme une succession de détours qui vous ont finalement permis de mieux vous connaître. Quel événement a véritablement marqué le début de cette trajectoire ?

Sabine KOFFI : Après un parcours scolaire au Lycée de Jeunes Filles de Bingerville, j’ai obtenu mon baccalauréat et été orientée à l’Université d’Abobo-Adjamé, en sciences fondamentales. À l’époque, j’étais convaincue que mon avenir suivrait un chemin bien défini : réussir mes études, poursuivre mon cursus universitaire et construire progressivement ma carrière.

Mais, après deux années d’études, la crise postélectorale a entraîné la fermeture de l’université. J’ai alors dû me réorienter vers un BTS, après avoir obtenu mon DEUG 2. Sur le moment, cette situation représentait une véritable rupture avec mes projets initiaux.

Avec le recul, je comprends que cette épreuve m’a enseigné une leçon fondamentale.

L’importance de savoir s’adapter et se réinventer. J’ai appris que les circonstances peuvent bouleverser nos plans sans pour autant compromettre notre avenir. Parfois, un chemin que l’on n’a pas choisi peut nous conduire vers des possibilités que nous n’aurions jamais envisagées.

CoolBee Ouattara : De la communication digitale à la photographie, en passant par le graphisme et le développement web, vous avez exploré plusieurs domaines. Comment êtes-vous parvenue à construire votre identité professionnelle à travers cette diversité de compétences ?

Sabine KOFFI : C’est au fil de mes expériences professionnelles dans le secteur privé et de ma formation à l’ISTC Polytechnique que j’ai découvert l’univers du numérique et les nombreuses possibilités qu’il offre.

La communication digitale, le graphisme, le développement web et la photographie m’ont permis de comprendre que j’aimais créer, donner forme aux idées et transformer des concepts en réalisations concrètes. Ces expériences m’ont progressivement amenée à affirmer mon identité de communicante, puis à exercer comme webmaster.

Pendant longtemps, j’ai pu avoir le sentiment de toucher à trop de domaines à la fois.

Sans nécessairement percevoir ce qui les reliait. Aujourd’hui, je comprends que ces différentes expériences constituent les pièces complémentaires d’un même puzzle. Elles me permettent d’avoir une vision plus globale de la communication et de maîtriser des outils variés pour concevoir des projets, valoriser des initiatives et accompagner le changement.

Je ne considère donc plus cette diversité comme une dispersion, mais plutôt comme une richesse. Chaque compétence acquise vient renforcer les autres et élargir ma capacité à répondre aux besoins des projets auxquels je contribue.

CoolBee Ouattara : Le sport, notamment le judo, occupe une place importante dans votre parcours. Quelles valeurs en avez-vous tirées et comment ont-elles nourri votre engagement en faveur des femmes ?

Sabine KOFFI : Le sport a profondément contribué à ma construction personnelle. En tant que judokate, j’ai appris la discipline, la persévérance et la capacité à me relever après une chute. Le judo m’a enseigné que l’échec n’est pas une fin en soi, mais une occasion d’apprendre, de se remettre en question et de progresser.

Au-delà de cette dimension personnelle, mon expérience m’a également sensibilisée aux difficultés.

Celles que rencontrent les femmes dans le milieu sportif, notamment lorsqu’il s’agit d’accéder à des postes de responsabilité et de voir leurs compétences reconnues à leur juste valeur.

C’est dans cette dynamique que j’ai créé l’ONG Sport Au Féminin. À travers cette initiative, je souhaite contribuer à faire évoluer les mentalités et les pratiques afin que les femmes ne soient pas seulement présentes dans le sport, mais qu’elles puissent également y exercer leur leadership, participer aux prises de décision et contribuer pleinement à son développement.

Pour moi, promouvoir le sport féminin ne consiste pas uniquement à encourager la participation des femmes aux activités sportives. Il s’agit aussi de leur donner les moyens d’occuper des positions stratégiques, de faire entendre leur voix et de prendre part à la gouvernance du sport.

CoolBee Ouattara : Vous ambitionnez de devenir une référence africaine à la croisée de la communication, du numérique et du sport. En quoi votre démarche au sein de Toastmasters constitue-t-elle une étape importante dans la réalisation de cette ambition ?

Sabine KOFFI : Je suis aujourd’hui convaincue que le savoir-faire, à lui seul, ne suffit pas toujours.

Il faut également savoir présenter ses compétences, défendre ses idées, convaincre et mobiliser les autres autour d’une vision.

C’est précisément ce que je souhaite renforcer à travers Toastmasters. Cette démarche répond à un besoin de perfectionnement personnel et professionnel : apprendre à mieux structurer mes interventions, communiquer avec davantage d’assurance et développer un leadership plus affirmé.

Je tiens d’ailleurs à exprimer ma reconnaissance à notre présidente, Mme Cissé Salamata, qui a su identifier ce besoin et m’encourager à entreprendre cette démarche. Son accompagnement m’a permis de prendre conscience de l’importance de cette étape dans mon évolution.

Pour moi, Toastmasters est bien plus qu’un cadre d’apprentissage de la prise de parole en public.

C’est aussi un espace qui me permet de gagner en confiance.

D’affiner ma capacité à fédérer et de mieux me préparer aux responsabilités auxquelles j’aspire. Je souhaite ainsi renforcer ma capacité à porter des projets ambitieux et à défendre une vision qui dépasse le cadre individuel pour contribuer à des transformations plus larges.

CoolBee Ouattara : Au-delà de votre réussite personnelle, quelle contribution souhaitez-vous apporter au développement du sport féminin en Afrique ? Et quel message adressez-vous aux femmes qui doutent encore de leur potentiel ?

Sabine KOFFI : Mon ambition est de mettre mes compétences en communication et en numérique au service du sport, particulièrement du sport féminin.

Je souhaite contribuer à une meilleure visibilité des femmes qui s’y investissent, valoriser leurs performances, accompagner les initiatives porteuses de changement et promouvoir leur accès aux postes de décision. Je crois profondément que la communication peut être un puissant levier de transformation sociale lorsqu’elle permet de rendre les talents visibles, de mettre en lumière les réussites et de faire évoluer les perceptions.

À l’échelle africaine, j’aimerais participer à la construction d’un environnement dans lequel les femmes disposent de davantage d’opportunités. Opportunités pour s’exprimer, entreprendre, diriger et contribuer à l’évolution du sport.

Mon objectif est de faire converger mes compétences, mon expérience.

De même que mon engagement associatif pour soutenir cette dynamique.

Aux femmes qui doutent encore de leur potentiel, je voudrais dire qu’elles ne doivent pas considérer les obstacles comme des preuves de leur incapacité. Il arrive que la vie nous conduise sur des chemins que nous n’avions pas prévus. Pourtant, ces expériences peuvent révéler des aptitudes insoupçonnées et ouvrir de nouvelles perspectives.

Il faut accepter d’apprendre, oser se réinventer et continuer à avancer, même lorsque tout ne semble pas parfaitement défini. Nous n’avons pas besoin de tout maîtriser dès le départ. Nous avons surtout besoin de croire en notre capacité à apprendre, à évoluer et à progresser.

Des détours pour construire sa voie

Le parcours de Sabine KOFFI rappelle que les trajectoires professionnelles ne se construisent pas toujours selon les plans initialement établis. Une crise qui impose une réorientation, une formation qui révèle de nouvelles passions ou une discipline sportive qui forge le caractère peuvent devenir autant de leviers pour se réinventer.

De la communication digitale au judo, en passant par la photographie, le développement web, l’engagement associatif et l’apprentissage du leadership, Sabine KOFFI a progressivement tissé une identité professionnelle singulière, nourrie par la complémentarité de ses expériences.

Aujourd’hui, son ambition se précise : mettre ses compétences au service du sport, renforcer la visibilité des femmes et contribuer au développement du leadership féminin en Afrique. Une ambition portée par la conviction que la communication, lorsqu’elle s’appuie sur une vision et un engagement concret, peut participer à la transformation des mentalités et des organisations.

Au fond, son histoire invite à changer de regard sur les détours de la vie. Ce qui apparaît d’abord comme une rupture ou un contretemps peut devenir une occasion de découverte, d’apprentissage et de reconstruction.

À travers une formule qui résume sa philosophie, Sabine KOFFI livre ainsi une leçon de résilience, d’audace et d’espérance :

« Je ne cherche plus ma voie. Je suis en train de la construire. »

Propos recueillis par CoolBee Ouattara.

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

4juin: suave anniversaire au Professeur Yvan Zunon Kipré, un miracle en blouse blanche 

4 juin – Jour de lumière : Joyeux anniversaire au Professeur Yvan

28 octobre: Journée mondiale du judo, le championnat d’Afrique 2025 en Côte d’Ivoire.

La Journée mondiale du judo, c’est le 28 octobre. Elle est l’occasion