Sami Tchak: « Les Africains sont le seul peuple condamné à considérer la démocratie comme un préalable au développement ! »

3 semaines

Sami Tchak s’attaque à une idée devenue presque incontournable dans le débat africain : celle qui fait de la démocratie le préalable indispensable au développement.

En s’appuyant sur plusieurs trajectoires historiques, l’écrivain franco-togolais invite à distinguer développement économique, institutions politiques et alternance au pouvoir.

Sami Tchak, écrivain franco-togolais, lauréat du prix Kourouma et du Grand Prix littéraire d’Afrique noire :

« Dans quelle partie du monde les Africains ont-ils vu que la démocratie a permis à un pays de se développer ? Nulle part. Les démocraties sont arrivées en Europe après une étape de développement.

Dans les années 1970, l’Espagne et le Portugal étaient sous dictature et en guerre. Mieux, je ne pense pas du tout que la limitation du nombre de mandats soit synonyme de démocratie.

En Israël, le Premier ministre peut perdre des élections et faire des alliances pour rester au pouvoir. On ne limite pas non plus le nombre de mandats pour la chancellerie en Allemagne. C’est plutôt la chancelière qui renonce à poursuivre.

Merkel a vu passer Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron, sans que cette longévité ne choque un Africain.

La Chine s’est réveillée sans qu’on y ait instauré la démocratie. La Russie n’est pas une démocratie… Ce sont pourtant des pays qui comptent dans le monde.

Nous sommes les seuls peuples presque condamnés à considérer la démocratie comme un préalable au développement. La démocratie arrive en général quand l’essentiel a déjà été construit ; elle n’en est pas un facteur.

Nos pays, si jeunes, issus de la colonisation, s’inscrivent dans le monde comme des nations déjà à bout de souffle. »

propos recueillis par

ALEX KIPRE

POUVOIRS MAGAZINE

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