SILA 16 : Le livre a pris le pouvoir

6 jours

De Bouaké au couple présidentiel, récit d’une édition hors norme qui place la lecture au cœur de la République, par CoolBee Ouattara.

Du 22 avril au 2 mai 2026, le 16e Salon international du livre d’Abidjan a fait mieux que vendre 60 000 exemplaires. Il a installé la lecture dans l’agenda national. Before à Bouaké, Liban à l’honneur, Maurice Bandaman consacré, Alassane et Dominique Ouattara dans les allées. Pendant cinq jours, le livre a gouverné. Retour sur un SILA qui ne ferme pas ses portes. Il les ouvre.

Le pouvoir des pages : 200 000 visiteurs

Le samedi 2 mai 2026, le SILA a fermé ses portes. Mais personne n’est parti les mains vides. Ni le public. Pas les éditeurs. Ni la République. Les chiffres claquent comme un manifeste. 200 000 visiteurs enregistrés, 125 exposants, 45 000 titres exposés, 60 000 exemplaires vendus et 200 000 000 F CFA de chiffre d’affaires.

La direction scientifique du Commissariat général a raison d’insister. « La rétention d’information nuit au progrès. » En publiant ces données, le SILA 16 ne fait pas que rendre des comptes. Il rend des comptes à l’avenir. Dit aux décideurs : « Le livre est une industrie. » Il dit aux banques : « Le livre est bancable. » Raconte aux jeunes : « Le livre est un métier. »

200 000. C’est le stade Félix-Houphouët-Boigny plein plus de six fois. Preuve que la Côte d’Ivoire lit. Qu’elle achète, qu’elle débat. Quand un pays déplace 200 000 citoyens pour des livres, ce n’est plus un événement culturel. C’est un fait politique. Le livre a pris le pouvoir. Au moins pour cinq jours. Et peut-être pour longtemps.

« Lire pour bâtir » : le thème qui a trouvé son Président

Il fallait un thème à la mesure de l’ambition nationale. « Lire pour bâtir » a été plus qu’un intitulé. Il a été un miroir. Bâtir des ponts, oui. Des échangeurs, oui. Et des classes, oui. Mais d’abord des consciences.

Mme Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie, l’a dit le 29 avril lors de l’ouverture officielle. « Un enfant qui lit devient un adulte qui pense. »

Ce thème, le président de la République l’habite depuis des années. Alassane Ouattara construit. Mais il sait que le béton sans la bibliothèque finit en ruine. Le 29 avril, sa présence dans les allées du Parc des expositions n’était pas protocolaire. Elle était programmatique.

« Présent pour la cérémonie officielle d’ouverture, Son Excellence M. Alassane Ouattara, président de la République, a honoré les professionnels du secteur. En visitant de nombreux stands et en échangeant avec plusieurs auteurs ou exposants ». Ecrit le rapport. Le verbe honorer est juste. Le chef de l’État a donné au livre ses lettres de noblesse républicaine.

Il a feuilleté Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, naissance d’une icône, prix SILA de l’édition chez Tabala. Ouattara a félicité Assamala Amoi, prix Jeanne-de-Cavally pour Trésor perdu dans la ville. Il a salué Soubouré Dali, prix du jeune écrivain pour Les Monts de Kong. Chaque arrêt était une ligne budgétaire symbolique. Chacune des poignées de main était un décret non écrit : « En Côte d’Ivoire, la culture compte. »

30 avril : la Première Dame achète, la Nation investit

Le lendemain, le livre a pris le pouvoir une seconde fois. Par les mains de Mme Dominique Ouattara.

« Quant à Mme Dominique Ouattara, ses achats conséquents de plusieurs centaines de livres confirment son engagement à toujours œuvrer en faveur de l’éducation par la lecture. » La phrase du rapport est sobre. Le geste est immense.

Une Première Dame qui achète des livres ne fait pas du shopping. Elle fait de la politique publique. Injecte du financement dans la chaîne du livre, montre l’exemple à chaque parent, remplit les bibliothèques de la Fondation Children of Africa avant de les diffuser dans les écoles.

Les exposants s’en souviennent : « Elle demandait : ce livre est pour quel âge ? » « Puis elle a pris des contes, des romans, des documentaires. » Dominique Ouattara n’a pas acheté pour décorer. Elle a acheté pour transmettre.

En 48 heures, le couple présidentiel a donné au SILA 16 sa colonne vertébrale. l’État stratège visite, l’État social investit. Le livre est au centre.

Bouaké, 22 avril : le pouvoir du livre quitte Abidjan

Le livre a pris le pouvoir parce qu’il a pris la route. 22 avril 2026, le SILA a innové avec le « Before SILA » à Bouaké, ville à l’honneur.

Sous l’impulsion du ministre des Transports, Amadou Koné, maire de la commune, la capitale du Gbêkê a vécu le salon avant Abidjan. Dédicaces, lectures publiques, rencontres scolaires. « Cette activité a permis aux populations de vivre pleinement le SILA. »

C’est une révolution douce. Le SILA n’est plus abidjanais. Il est national.

Le Liban invité : le pouvoir de la résilience

Donner le statut de pays invité d’honneur au Liban en 2026 était un choix fort, et finalement un choix gagnant. La forte implication de la communauté libanaise et de l’Union culturelle libanaise mondiale en témoigne.

Dans un monde où les murs se dressent, le SILA 16 a construit un pont.

Maurice Bandaman : le pouvoir de durer

Il fallait un auteur à l’honneur qui incarne le pouvoir du livre. Maurice Bandaman s’est imposé.

Le 29 avril, à l’université Félix-Houphouët-Boigny, une rencontre lui est consacrée. « Maurice Bandaman, écrivain malgré tout ».

Grand Prix national Bernard-Dadié pour Sœurs esclaves, il affirme : « Les grands hommes et les grandes femmes sont des personnes qui lisent. »

Le livre a pris le pouvoir sur l’oubli.

Prix 2026 : le pouvoir de transmettre

Le 28 avril, le SILA a consacré l’excellence. Mémoire, avenir, enfance, transmission : toute la chaîne du livre ivoirien s’est affirmée avec force et cohérence.

Programme professionnel : le pouvoir de se structurer

Le livre a pris le pouvoir parce qu’il s’est organisé. 22 activités professionnelles ont structuré la réflexion : panels, masterclasses, tables rondes.

Ce n’est plus une foire. Un cadre stratégique.

SILA’Legend et la dictée : le pouvoir de la mémoire et de la règle

SILA 16 a su honorer ses acteurs et rappeler l’importance de la langue, à travers la dictée SILA du Rotary.

L’après-SILA : le pouvoir de perpétuer

Le 2 mai, le SILA a fermé ses portes. Mais il a ouvert deux perspectives majeures : SILA Mag et le Prix du Livre de l’année.

Et le pouvoir passe désormais aussi au lecteur.

Conclusion

Le SILA 16 a été hors norme parce qu’il a inversé les rôles. Cette fois, la culture a convoqué la politique. Et la politique est venue.

« Vive la culture. Vive le livre », conclut le rapport signé Dr Paul-Hervé Agoubli.

On peut ajouter : vive le livre au pouvoir.

COOLBEE OUATTARA

photo:dr

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