La culture organisationnelle est devenue un enjeu majeur de supervision bancaire, au-delà des seuls dispositifs classiques de contrôle.
« Les innovateurs en quête de profit devanceront continuellement les autorités de régulation. » — Hyman Minsky
La question n’est plus de savoir si la culture doit entrer dans le champ prudentiel.
Elle consiste désormais à déterminer comment la superviser de manière claire, proportionnée, cohérente et objectivement documentée.
La faillite de Silicon Valley Bank, en 2023, a également interrogé les pratiques des autorités de supervision.
Elle a rappelé que les faiblesses culturelles peuvent affecter directement la sécurité et la solidité du système bancaire.
La culture concerne donc les établissements financiers, mais également les autorités chargées de leur supervision.
Lorsqu’une autorité ne peut expliquer ses décisions, la confiance dans la supervision peut progressivement s’éroder.
Une difficulté demeure pourtant centrale : distinguer la culture du risque du risque lié à la culture.
La culture du risque concerne les normes et comportements qui influencent la prise de risque et les contrôles.
Le risque culturel désigne plutôt les risques résultant de comportements, normes ou incitations organisationnelles inadaptés.
Cette distinction devient essentielle pour construire une supervision compréhensible et comparable entre établissements et juridictions.
Sans définition commune, les inspecteurs peuvent rechercher des éléments différents et produire des appréciations difficilement comparables.
La réponse consiste à privilégier une approche fonctionnelle, fondée sur des comportements réellement observables.
Les superviseurs doivent notamment examiner les incitations, les mécanismes d’alerte, l’escalade et la circulation de l’information.
Ils doivent également apprécier la qualité de la contestation interne et la capacité réelle à remettre certaines décisions.
Le conseil d’administration et la direction générale demeurent responsables de la culture de leur établissement.
Le superviseur doit identifier les situations où certains comportements deviennent une source significative de risque prudentiel.
Il doit ensuite vérifier leur identification, leur remontée, leur traitement et la rapidité des mesures correctives.
L’objectif est finalement de construire un langage commun entre superviseurs, régulateurs et institutions financières.
Cette démarche doit reposer sur une base factuelle commune, plutôt que sur un tableau de bord statique.
Le jugement prudentiel doit ainsi devenir explicable, documenté, proportionné et susceptible d’être contesté.
Dans un environnement marqué par les polycrises, cette exigence renforce la confiance et contribue à la résilience financière.
CAMUS BOMISSO
POUVOIRS MAGAZINE

